37°2 le matin
7.3
37°2 le matin

livre de Philippe Djian (1985)

Retour de (re)lecture sur "37,2° le matin" un roman de Philippe Djian publié en 1985. C'est un livre un peu particulier puisque le film de Jean-Jacques Beinex tiré du roman fait partie des plus marquants de mes 20 ans, c'est Le film culte de ma génération. Je l'avais vu à sa sortie et beaucoup aimé. L'histoire de ce roman est racontée par un narrateur sans nom, un type de 35 ans un peu paumé, sans but, qui vit de petits boulots. Un beau jour débarque l'impulsive Betty, 20 ans, qui va bouleverser sa vie et l'entraîner dans une fuite en avant vers un amour impossible. J'avais fait une première tentative de lecture peu de temps après avoir vu le film, mais mon approche peut être un peu trop scolaire de la littérature ne m'avait pas permis de comprendre l'écriture très particulière de Djian. Plus de 30 ans après, je retrouve avec grand plaisir cette histoire, même si la lecture m'a laissé à nouveau un peu perplexe. Je ne peux pas vraiment dire si j'ai aimé ou pas, tellement j'ai alterné les moments d'agacement et les bons moments. L'écriture de Djian, même si elle passe maintenant beaucoup mieux, ne m'a toujours pas convaincu. Je lui reconnais un style original, vif, et une langue oralisée qui colle plutôt bien à ce narrateur, mais je trouve cela vraiment trop pauvre littérairement, sans finesse, avec continuellement des métaphores à deux balles qu'on voit mal être exprimées par le personnage. J'ai également eu beaucoup de difficultés à me laisser emporter par cette histoire à cause des trop nombreuses situations ou scènes qui manquaient de crédibilité, comme par exemple ce braquage ubuesque déguisé en femme, la gestion du magasin de piano qui ne fait que des livraisons, l'éboueur manchot, le flic qui dégaine lors d'un contrôle de pneus, ect... Rien de bien grave, pris individuellement, et c'est probablement totalement assumé par l'auteur pour la construction du roman, mais cela m'a donné l'impression de lire un livre pour ados ou jeunes adultes. On sent bien que Djian a été nourri à la littérature américaine, notamment par Kerouac, le rythme y est mais sa version franchouillarde sonne tout de même un peu creux et me paraît artificielle. Quand on arrive à faire abstraction de tout cela, il reste une histoire et une ambiance intéressantes, avec des lieux différents bien choisis et des personnages très attachants et originaux. J'ai beaucoup aimé le personnage du narrateur, le portrait de cet anti-héros est plutôt original, même s'il peut passer pour quelqu'un d'insupportable, avec son côté totalement apathique, sa naïveté et sa vision désabusée de la vie. Le personnage de l'explosive Betty n'est pas inintéressant non plus, et ces deux personnalités aux tempéraments totalement opposés donnent beaucoup de crédibilité à cette histoire d'amour et à son scénario tragique. Ils portent littéralement ce roman. Au final, un livre qui a des aspects sympathiques mais que je trouve très inégal. Il me semble fortement daté dans la forme et il a perdu le côté novateur et original qu'il a pu avoir dans les années 80, qui masquait toutes ses limites. Un livre qui a, en fin de compte, le même problème que le cinéma de Beinex.

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"Par moments, la ville me pesait. Mes plus beaux rêves se déroulaient dans des coins perdus, dans des déserts silencieux et colorés et je pouvais laisser traîner mon regard sur la ligne d’horizon et penser tranquillement à un nouveau roman ou au repas du soir ou prêter l’oreille aux premiers cris d’appels d’un oiseau de nuit déboulant dans le crépuscule.

Je savais parfaitement ce qui clochait avec Betty, ce damné roman la clouait sur place, lui ficelait les bras et les jambes. Elle était comme un cheval sauvage qui s’est tranché les jarrets en franchissant une barrière de silex et qui essaie de se relever. Ce qu’elle avait pris pour une prairie ensoleillée n’était en fait qu’un enclos triste et sombre et elle connaissait rien du tout à l’immobilité, elle n’était pas faite pour ça. Mais elle s’accrochait quand même de toutes ses forces, avec la rage au coeur et chaque jour qui passait se chargeait de lui écraser les doigts. ça me faisait mal de voir ça, seulement je ne pouvais rien y faire, elle se retranchait dans un endroit inaccessible où plus rien ni personne ne pouvait l’atteindre. Dans ces moments là, je pouvais m’attraper une bière et m’envoyer tous les mots croisés de la semaine, j’étais sûr qu’elle allait pas me déranger. Je restais quand même près d’elle, pour le cas où elle aurait eu besoin de moi. Attendre, c’était la pire des choses qui pouvait lui arriver. Ecrire ce bouquin, c’était sûrement la plus grosse connerie que j’avais faite."

Daniel_Sandner
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le 20 juil. 2024

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Daniel SANDNER

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