Wyld girls

Avis sur Bloody Rose

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Attaquer la suite d’un des meilleurs romans (VO) de 2017, quelque part ça fait peur. Tu te dis que Nicholas Eames pourra difficilement égaler le coup d’éclat qu’est Kings of the wyld, qu’il ne pourra jamais te présenter des personnages qui égaleront Saga en classe et en attachement émotionnel. Puis tu lis Bloody Rose.

Le tome 2 de la série The band se déroule six ans après la grande épopée de Golden Gabe et ses potes pour sauver sa fille Rose. Et c’est justement cette dernière qu’on retrouve ici à la tête du célébre groupe de mercenaires Fable (toujours basé sur le modèle des groupes de rock) qui finit une tournée d’arène en arène pour divertir les foules en trucidant des monstres. Parce que maintenant, les groupes ne se fatiguent plus à se balader dans les terres sauvages en risquant leurs vies, non, les monstres sont capturés ou élevés, et les mercenaires font leur show dans une arène, plus ou moins tranquillement (on se souvient quand même du dernier combat de Saga dans une arène, hein…). Même quand une nouvelle horde se rassemble et menace le monde humain, que tous les mercenaires se motivent pour aller botter des culs à l’ancienne, Fable part dans l’autre sens sous les yeux ébahis de tout le monde, parce qu’ils ont une tournée à finir, et un mystérieux contrat à remplir.

Toute l’histoire nous est racontée du point de vue de Tam, une jeune fille qui se retrouve embarquée dans Fable en tant que barde, un métier dangereux si on revient sur la longue liste de bardes de Saga. Le procédé marche bien puisque Tam va découvrir le groupe et le monde des mercenaires en même temps que le lecteur, du coup. Mais surtout, on va découvrir avec elle les différents membres du groupe, Rose, Freecloud, Brune et Cura vont se dévoiler à nous et à la barde de la plus naturelle des manières. Au début on ne les connait que de réputation, on les imagine, on les fantasme un peu. Petit à petit on passe du temps avec eux, on apprend à les connaitre, on découvre leurs failles, leurs détresses, leurs forces cachées. Et nous voilà avec un casting au moins au niveau de Kings of the wyld, avec un Shaman qui se transforme en ours (Yeah !!!), une invocatrice méga-classe qui se sert de ses tatouages pour créer ses bestioles (re-Yeah !!!), un Druin posé et une berserker en quête de gloire. Chacun a sa place dans le groupe, on explore leur passé, leur motivation, leur dynamique au milieu des autres, c’est vivant, c’est prenant. Tam arrive même à exister au milieu de tous ces monuments même si elle reste parfois un peu trop cantonnée dans son rôle de témoin, elle se fait sa place.

Le rythme du bouquin commence tout doucement, on suit la tournée de Fable en allant de ville en ville alors que Tam fait connaissance avec le groupe et le monde des mercenaires. Faut avouer, les cent premières pages font un peu plan-plan, on discute, on voyage, on découvre. Mais c’est pour nous amener en douceur vers une seconde partie qui dépote sévèrement avec un combat grandiose, de vrais arcs scénaristiques secondaires touchants pour plusieurs membres du groupe (putain, Brune…). Et là on reprend un peu notre souffle pour l’apothéose, le bouquet final du roman qui te scie, une explosion de tension, d’épique, d’action, de fun et de drames, avec des moments extrêmement poignants. On va recroiser des têtes connues, bien évidemment, et ça va amener aussi son lot d’émotions fortes. Le lecteur assidu remarquera quelques absents quand même, dont un certain membre de Saga qui nous est teasé salement, certainement pour le troisième bouquin.

Encore une fois, Nicholas Eames s’amuse à balancer des références par paquet de douze, dans les noms des groupes de mercenaires, des armes, de tout et n’importe quoi. Cette fois c’est dans une musique des années 80 plus éclectique que dans le vieux rock des 70s (vous pouvez d’ailleurs retrouver une « playlist » officielle sur spotify), mais on retrouve aussi un peu des vannes sur la culture en général, jeux vidéo, littérature, etc… Encore une fois j’ai du en zapper des milliards mais c’est très drôle. C’est ce mélange de fun et de tension dramatique toujours en équilibre qui me plait énormément dans cette série, y’a beaucoup d’humour au milieu de beaucoup d’action au milieu de beaucoup d’émotions. C’est comme pour les Greatcoats, j’adore ce genre de bouquins qui te filent la patate.

C’est rigolo parce que les rares reproches faits au premier roman revenaient souvent sur les rôles féminins du bouquin, les femmes y étaient absentes ou caricaturales d’après ces critiques. Bon, déjà, ils oublient Larkspur qui était extrêmement classe, et puis quand tu racontes l’histoire d’une bande de « bros » vieillissants sur un modèle de groupe de hard-rock testostéroné jusqu’à la moelle, tu te dis que c’est un peu le concept. Passons. Le fait est que Bloody Rose a l’air d’une réponse magistrale à ces petits rabat-joies sans âme, volontaire ou pas. Dans le fond ou la forme, Bloody Rose donne évidemment le beau rôle à plusieurs femmes très classes, aux psychologies soignées et uniques. Mais en plus, tout l’arc de Rose est carrément basé sur la volonté de sortir de l’ombre de son père et du statut de « demoiselle en détresse » qu’elle a eu pendant tout Kings of the wyld. C’est ce qui la pousse, la motive, la rend folle aussi. Globalement, le thème de l’héritage apparait à plusieurs niveaux ici, on a vraiment une « nouvelle génération » de personnages qui se débat pour exister dans l’ombre de leurs ainés, et pas seulement Rose, mais Tam, Brune, Cloud aussi.

J’ai eu la nette impression que ce second roman était mieux construit que le précédent. Kings of the wyld racontait le voyage d’une bande de potes avec une succession de petits épisodes assez linéaires, alors que Bloody Rose est plus « entier », y’a une vision plus générale de la trame, quelques thèmes mieux construits sur l’ensemble du bouquin, et une dynamique plus entrainante. Ça donne aussi un côté humoristique un peu plus en retrait même s’il est toujours là. La psychologie des personnages est moins archétypale, on a des héros qui ont vraiment quelque chose de singulier. J’ai adoré Brune et Cura, j’ai adoré la complicité entre Freecloud et Rose, j’ai adoré cette manière de légitimer la révolte des monstres qui ne sont plus des bestioles féroces à dégommer mais de vraies races qui ont une histoire et une volonté, avec un discours qui donne encore de la profondeur aux thèmes abordés.

Et oui lecteur, Bloody Rose fait honneur à Kings of The Wyld, voire le surpasse sur plusieurs points. Nicholas Eames confirme ce que son premier roman nous avait jeté à la figure, le monsieur a un univers, un sens de l’aventure, du fun, mais surtout un talent pour te retourner les tripes avec ses personnages. C’est exceptionnel. L’attente va être longue jusqu’au tome 3.

L’ami Apophis nous révèle d’ailleurs que les droits de traduction de Kings of the wyld ont été achetés par Bragelonne ! Croisons les doigts pour qu’ils en fassent quelque chose… Et qu’ils continuent la série après…

http://ours-inculte.fr/bloody-rose/

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