En refermant "Brune", ma première réaction a été de me dire : "Quel dommage !" Comme le disait Reggiani, "il suffirait de presque rien" pour que ce roman estampillé ado soit réellement marquant.


Je passe rapidement sur la forme qui comporte trop de coquilles et de fautes de syntaxe à mon goût. Je m'attarderai davantage sur le style précipité, chirurgical, abrupt, zappeur et sur le rythme à l'avenant : chapitres ultra-courts, action non-stop, pas le temps de développer les émotions, ellipses vers le dénouement, changements géographiques incessants et... fatigants.


Pourquoi une telle urgence ? Et bien sans doute pour faire monter la pression puisque "Brune" parle d'une... pandémie ! Comment ça, vous n'en aviez pas encore assez des virus mortels ? Et bien il faut croire que Rodrigo Arramon a été bien inspiré par le contexte de la crise sanitaire. Il n'a rien trouvé de mieux que d'écrire un roman post-apocalyptique où seuls les adolescents sont épargnés par une grippe particulièrement agressive et qui ne fait aucun cadeau. Le reste est un savant mélange de descente aux enfers, aux effluves mêlées de "La route" de Cormac McCarthy et de "Divergente" de Veronica Roth.


Sur le fond, il y a toutefois de bons éléments, même si les personnages sont vraiment trop nombreux ; on zappe de l'un à l'autre en l'espace de deux pages, certains portant des prénoms quasi similaires. Les bons éléments font tourner les pages et poursuivre l'aventure aux côtés des ados survivants même si je me suis un peu agacée de voir surgir comme par magie une quantité phénoménale d'armes et de constater que le savoir et les compétences de ces ados semblaient largement dépasser ce qu'on peut raisonnablement attendre des moins de seize ans.


D'ailleurs, je me fais la réflexion que ce n'est pas parce que les protagonistes sont des adolescents que cela fait de "Brune" un roman pour ados. Violence, prédation sexuelle, addiction, militarisation, les thèmes abordés sont plutôt costauds. On pencherait davantage vers le young-adult avec un bémol : la sensation de déjà vu, d'éléments empruntés ou inspirés de romans à succès.


Quel dommage que Rodrigo Arramon n'ait pas pris son temps pour développer sa dystopie, quel dommage qu'il se soit précipité dans son récit comme un homme qui à la mort aux trousses, enfin quel dommage qu'il ait tenu à surenchérir sur un thème dont le public est terriblement lassé après un an de pandémie anxiogène - pléonasme ! Actuellement, on a déjà la sensation de vivre en pleine science-fiction, pourquoi vouloir encore faire du pire une réalité ? Bref, il suffirait de presque rien pour que "Brune" soit réellement convaincant.

Gwen21
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le 27 déc. 2020

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