Un peu de ça

Avis sur Ça, tome 1

Avatar Pinto-Vegas
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"(Ben) était dehors ; il passait sur les ailes du vent, et personne, derrière les rectangles brillamment illuminés des fenêtres, ne l'apercevait. Tous, à l'intérieur, là où on trouvait lumière et chaleur, ignoraient qu'il passait ; lui seul le savait ; c'était comme un secret. L'air en mouvement le brûlait de mille piqûres, mais il était propre et sain. Une fumée blanche sortait de son nez en filets bien nets. Et lorsque le soleil se coucha, ne laissant qu'une ligne jaune-orange sur l'horizon occidental, et que scintilla l'éclat cruel de diamant des premières étoiles, au dessus de sa tête, il arriva à la hauteur du canal. Il n'était plus qu'à trois coins de rue de chez lui, maintenant, et il lui tardait de sentir de nouveau les picotements du retour de la chaleur sur son visage et dans ses jambes.

Cependant, il s'arrêta.
Le canal était gelé entre ses rives de béton, comme un lait de rose pétrifié, la surface craquelée, bosselée et opalescente. Parfaitement immobile et cependant tout à fait vivant dans la rude pureté de ce faux jour d'hiver, avec sa propre et laborieuse beauté. [...]
Une silhouette se tenait sur la glace, en contrebas.
Ben l'observa et pensa : ce doit être un homme que je vois là en bas, mais est-ce possible qu'il soit habillé de cette manière ? Non, ce n'est pas possible !
Le personnage était vêtu de ce qui semblait être un habit argenté de clown blanc, qui ondulait autour de lui dans le vent polaire, et portait des chaussures orange démesurées, assorties aux boutons en forme de pompons de son costume. Il tenait d'une main une poignée de fils retenant tout un lot de ballons colorés, et lorsque Ben se rendit compte que les ballons flottaient dans sa direction, le sentiment d'irréalité qui l'avait dès l'abord frappé ne fit que s'amplifier. Il ferma les yeux, se les frotta et les rouvrit. Les ballons paraissaient toujours flotter vers lui. [...]

Ce devait être un mirage ou une hallucination due à quelque mauvais tour que lui jouait le temps. Qu'un homme se tienne ainsi sur la glace était possible, de même qu'il était matériellement possible qu'il soit en tenue de clown. Mais les ballons ne pouvaient pas flotter vers lui, contre le vent ! Et c'était pourtant ce qu'ils semblaient faire.
"Ben !" l'appela le clown sur la glace. [...] "Veux-tu un ballon, Ben ?"
Il y avait quelque chose de si diabolique dans cette voix, de si horrible, qu'il eut envie de partir en courant aussi vite que possible, mais on aurait dit qu'il avait les pieds soudés au sol comme les installations du terrain de jeux des petits. [...]
Puis le clown se mit à marcher sur la glace, se dirigeant vers le pont du canal, sur lequel Ben se tenait. Ben le regarda approcher sans bouger, comme un oiseau regarde approcher un serpent. Les ballons auraient dû exploser, par ce froid intense, et flotter en arrière du clown, en direction des Friches... d'où, disait quelque chose au fond de lui-même, cette créature devait provenir.
Puis Ben remarqua autre chose.
Alors que les dernières lueurs du jour teintaient le canal en rose, le clown ne projetait aucune ombre. Absolument aucune."

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