Qui n'a pas été bluffé par ces manipulateurs de cartes, manches retroussées, et qui se jouent de vous en faisant disparaître et réapparaître ces bouts de cartons que vous avez désignés, voire signés de votre main? C'est rageant, on sait qu'il y a un truc mais pas moyen de le débusquer. Eh bien, c'est ça le close-up, un subtil mélange combinant manipulation et dextérité au vu de tous. N'est-ce pas la même alchimie que celle du crime parfait? Voyons ce qu'en dit le magicien des mots Michel Quint dans close-up, paru dans la nouvelle collection intitulée Vendredi 13, aux éditions de la Branche.
Le Quolibet, un nom bien curieux pour un petit cabaret de Lille où l'effeuilleuse Nelly fait aussi office de vestiaire qui côtoie Bric et Broc, un duo de pseudo comiques dont les sketchs sont souvent faits de bric et de broc. Au milieu de cela, Miranda exécute son numéro de voyance tenant plus de la manipulation de cartes et d'esprit que de l'exploration des ténèbres. Un soir de semaine, un groupe de costards viennent finir leur journée au Quolibet et parmi eux Bruno, une ancienne connaissance de Miranda dont elle va se jouer par vengeance en lui prédisant la mort avant le vendredi 13.L’affaire aurait pu en rester là si le même Bruno n'avait pas été victime d'une tentative de meurtre quelques jours plus tard.Qu'il est bon de retrouver le style de Michel Quint dans une intrigue noire forte en originalité et en plus sur les terres du Nord.
L'auteur lillois nous embringue dans un décompte vital, une peau de chagrin pour ce promoteur immobilier véreux et cette voyante délicieusement croquée. Tout y est du barbouze au conflit familial en passant par la lutte des classes. Michel Quint se livre lui-même à un astucieux tour de magie narrative pour nous amener là où il le désire et le lecteur n'y voit que du feu et ne retient que le plaisir d'être entré dans cette histoire rocambolesque. Si les prochains romans à paraître dans cette nouvelle collection sont d'aussi bonne facture, on peut prédire que les ouvrages finement sélectionnés par Patrick Raynal, ancien patron de la série noire, ne feront pas de vieux os sur les tables des libraires.