Coeurs d'ébène est le deuxième roman d'Alexia Petrak.
Plus intéressant, plus intelligent et bien mieux maîtrisé que le dernier opus, 2042, le dernier jour, Coeurs d'ébène livre une histoire qui commence comme Les Nuits avec mon ennemi de Joseph Ruben et se transforme au moment le plus inattendu en une sorte d'Emprise des ténèbres de Wes Craven.
Une double identité , entre policier et fantastique qu'il doit aux deux méchants, Cameron, le mari possessif et psychopathe, et Oaisara, la sorcière vaudou.
Là où le roman fait mouche, c'est dans la couleur locale.
Alexia Petrak s'inspire de l'art poétique de Jules Verne et fait voyager avec les mots, les explications encyclopédiques qu'elle est la première à railler et les détails topiques de la Tanzanie visitée. On découvre avec Ambre, son héroïne, la fabrication du café, la vie dans la savane, dans les villages pauvres d'un autre temps pourtant bien présents et les frissons du safari.
Frayeur et sensualité garanties dans cette Tanzanie ou guépards, hippopotames, serpents et sorcellerie guettent leurs proies.
Mention spéciale à l'onomastique bien plus recherchée que dans le premier opus. Les prénoms incrustent les personnages dans l'ambiance et la couleur du décor de leurs aventures: Ambre, comme la pierre précieuse de la couleur du soleil tanzanien, Cameron, qui fait penser au Cameroun, par exemple.
Des prénoms qui définissent les personnages: Ambre est prisonnière de son environnement comme une mouche prise dans de l'ambre, Oaisara joue les impératrices, Mathias remplace le vilain Cameron comme le disciple Mathias remplaça le traître Judas et John est un parfait Cook devenu habitant du monde exploré.
Le personnage de Cameron est, certes très manichéen et très cliché, mais il n'est que le prétexte à dissimuler le véritable antagoniste de l'histoire: la terrible Oaisara, Impératrice vaudou de la savane.Un personnage qui a du Ivan Ogareff tanzanien, féminin et bien plus puissant et rancunier. Oaisara porte l'histoire sur ses épaules et montre l'importance du pardon dans la lutte contre la création de monstres.
NB: L'avis de Jojo le râleur, linguiste et stylisticien de quinte essence.
Néanmoins, un certain nombre de passages mériteraient d'être revus et corrigés
pour plus de passion - les pensées rapportées d'Oaisara et Ambre pourraient bénéficier de plus de points d'exclamation, de points de suspension - pour moins de monotonie - le sempiternel défaut de choix des dénominations dans la progression à thème constant: répétitive et/ou inversée (Cf. ma critique de 2042- et pour pour être moins prévisible -
la nuisette qui annonce l'acte charnel pourtant inopiné, la complicité évidente de Cameron et Oaisara, etc ...
Enfin, pour qui n'a pas apprécié 2042 à cause des nombreuses fautes et coquilles, passez votre chemin, ce nouvel opus en est encore truffé, malheureusement, ce qui nuit au plaisir de lecture.
Un roman bien supérieur au premier sur le fond mais hélas relativement égal sur la forme.