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Dans la peau d'un intouchable par Introl

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Journaliste hors-normes passé maître dans l'art d'emprunter des identités différentes, exceptionnellement doué pour les langues, Marc Boulet s'est fait passer tour à tour pour un stalinien en Albanie, un milliardaire à Canton, un musulman très croyant en Europe, un mendiant intouchable en Inde, un protestant à Hong Kong, etc. À chaque fois, pendant plusieurs semaines, il s'est coulé dans la peau de ces personnages pour témoigner, de l'intérieur, d'une réalité radicalement « autre ».

"Dans la peau d'un intouchable", au delà de l'expérience proprement ahurissante à laquelle s'est livrée Marc Boulet et dont il n'est pas ressorti indemne, nous fait entrer au plus près de la réalité et du quotidien de l'indien ordinaire.
Nous en apprenons plus et comprenons mieux leur culture, où la religion est omniprésente et où le système castaire s'y révèle dans toute son horreur et son inhumanité. En voici un extrait édifiant :

"Je me sens inutile et sale. Je me dégoûte. Même mon odeur de sueur me répugne. Et quand j'examine mes pieds et mes mains, les seules parties de mon corps visibles pour moi, je ne peux croire que j'en suis arrivé là. Mes pieds surtout. Des plaques noires comme du goudron les tapissent et entre les orteils poussent des croûtes molles semblables à de la mélasse avec la transpiration. Je ne me lave plus les pieds. Je ne le désire pas. Je m'en fous. Pourquoi être propre ? Chaque jour, je mendie de l'aube au crépuscule et la nuit je somnole sur un parvis de gare. Voilà ma vie ! C'est pas grandiose.

Je me moque que l'on me juge beau ou laid, propre ou sale. Ca ne changera pas mon quotidien. D'ailleurs je n'ai envie de rien. Sauf de manger du pain, de boire de l'eau, de fumer des biri et de dormir le plus souvent possible car, ainsi, je perds connaissance, j'oublie que j'existe. Je ne désire surtout pas me laver ni chercher un meilleur boulot, même si cela était possible. Ce serait trop fatigant et je fais la manche parce que c'est devenu une habitude et une obligation pour m'acheter à manger et à fumer.

Je suis un mendiant d'âge moyen, crasseux et sans infirmité particulière, un produit ordinaire de la société indienne. Un accessoire du décor de la gare. Je m'écoeure. Ce matin, je n'ai même pas osé me regarder dans le miroir. J'ai peur de découvrir ma sale gueule."

Après lecture de ce passage, depuis combien de temps d'après-vous est il immergé dans sa "nouvelle vie" ?
Un mois ? Deux semaines ?
Non, à peine plus de 3 jours !

Un livre essentiel, une bonne introduction pour les futurs voyageurs à la réalité hélas encore présente en Inde

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