La recette du succès

Avis sur Dans les bois

Avatar Eric Pokespagne
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C'est quand même assez fascinant de réaliser que tant d'années et de bouquins après "Ne le Dis à personne", on continue (presque) tous à dévorer la production de Coben dès sa sortie (en poche quand même, il ne faut rien exagérer, on ne mettrait pas plus de quelques euros dans ce genre de plaisanterie). Alors que ces polars sont littéralement écrits avec les pieds (à moins que ça soit la traduction, mais je n'y crois pas trop...), alors qu'ils sont visiblement le fruit pourri des techniques de creative writing assistée par ordinateur en plein essor aux US et du cerveau largement réactionnaire d'un Américain (très) moyen (il nous dévoile ses goûts musicaux cette fois, et croyez moi, ça ne vole pas haut, on est loin de Djian ou Pellecanos, pour citer deux auteurs auxquels je suis fidèle et qui parlent de rock), on les lit toujours en trois heures, plus ou moins incapables de décrocher. Et on a même envie de dire que "Dans les Bois", malgré une intrigue plus artificielle, moins crédible que d'habitude - même si elle ressemble forcément beaucoup aux précédentes - est l'un des bouquins les plus intéressants de son "auteur". Pourquoi ? Eh bien parce que Coben a trouvé le sujet le plus consensuel qui soit, LA FAMILLE (le mal que les parents font à leurs enfants, un mal aussi inexplicable qu'absolu, et la culpabilité et les traumas que la souffrance engendrée laisse derrière elle), et qu'il le mélange avec le leurre le plus universel, l'attrape-mouche imparable, LA NOSTALGIE. Quelque chose s'est produit, quelqu'un a disparu, et le présent est contaminé par le souvenir brûlant des jours ou des personnes perdus : bien sûr, comme dans tous les polars "modernes", tout était un leurre, rien n'était ce qu'il paraissait (bâillement !), mais, et c'est le plus important, tout était BIEN PIRE que ce qu'on pensait. Et ça, rien à dire, c'est vraiment fort : dans ce registre qui commence à sentir bon le désespoir, les dernières pages de "Dans les Bois", qui laminent sans pitié l'illusion d'un premier amour idyllique et aussi toute possibilité de recommencement, sont impeccables. [Critique écrite en 2009]

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