Il manque encore quelque chose.

Avis sur Du côté de chez Swann

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Je viens de finir Proust. Grande expérience personnelle qui laisse tout de même un goût d’inachevé. Le livre est tellement ambitieux qu’on en attend sans doute un peu trop. Au final, ce sont "juste" des réflexions diverses et variées sur vanité et la manière dont se déroule une vie, dont elle fait écho à elle-même au fur et à mesure de l’expérience, le tout écrit dans un style superbe et aérien malgré la longueur surréaliste des phrases.

Mais.

Pas de réponses universelles, pas de vrai fil conducteur sinon ce Temps perdu, et retrouvé à la fin du livre, qui tourne à vrai dire en boucle puisque la clé du bonheur serait le passé ressassé et muri ?

Tout le livre le Narrateur est incapable de jouir du présent, il ne ressent que de l’ennui voire de la colère envers les gens. Il n’a aucune morale, n’hésite pas à mentir et manipuler tout le monde pour arriver à ses fins, et, par un « juste » retour des choses, se fait lui-même manipuler par un bon nombre de personnes. Il reste une sorte d’observateur neutre et froid pendant l’essentiel du récit, jusqu’à se transformer en gardien de prison. Ensuite, il reprend son rôle passif jusqu’à la fin, nous décrivant les vies si étonnantes du baron de Charlus (Palamède), la duchesse de Guermantes, Gilberte, Jupien, Françoise, Saint-Loup la grand-mère, tant de personnages extraordinaires mais tout aussi vains, finalement, que le héros lui-même, enfermés dans les codes et les obligations de la noblesse ou de la bourgeoisie, oisifs sans presqu’aucune exception, et, au final, tous oubliés.

En tout cas, c’est une bonne remise en perspective de beaucoup de choses. Il y a énormément de prise de recul dans les situations, des comparaisons, beaucoup d’humour aussi.

Et plein de sexe, plein d’homosexualité latente ou vraiment visible. Il est étrange de constater que le narrateur est l’un des seuls personnages importants exclusivement hétérosexuel, qui ne recherche que des jeunes filles pendant tout le long de l’ouvrage, tout en observant les frasques de M. de Charlus, d’Albertine, de Gilberte, de Mme Vinteuil, d’Andrée, de Saint-Loup, du prince de Germantes, d’Odette, etc. Lui et Swann, qui est d’ailleurs une variante de lui-même, sont les personnages-clé qui n’ont pas couché avec une personne de leur sexe pendant l’histoire. Et que dire de toutes ces filles qui portent des noms masculins féminisés (Albertine, Gilberte, Andrée…) desquelles le héros tombe à chaque fois amoureux… Mais le traitement de l’homosexualité par Proust est relativement violent. On voit bien que dans la société de l’époque, ce n’était pas vivable sans de lourds sacrifices, et que lui-même vivait sa propre homosexualité comme une malédiction. Il décrit fort justement le « vice » de l’homosexualité, en étant particulièrement compréhensif, dans Sodome & Gomorrhe, mais il oscille ensuite permanence entre la peinture baroque d’une sexualité déviante et les rapprochements avec la sexualité « normale ». Il explique qu’on appelle « vice » ce qui n’en est pas vraiment un avant de l’appeler « vice » lui-même pendant tout le reste de l’ouvrage…

Bref, il y aurait mille choses à dire, et mille choses ont été dites, sur Proust. C’est une oeuvre majeure, une oeuvre à tiroirs, une oeuvre dont on ne sort pas indemne et qui méritera une ou plusieurs relectures. On ne « tombe » pas dans Proust impunément ! Et on y perd ironiquement beaucoup de ce précieux Temps...

Le prochain livre sera plus léger.

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