J'adore tout simplement ce bouquin, où l'écriture fluide et facile n'a d'égale que l'ingéniosité de la narration. Il nous propose un thème alléchant : la fausse autobiographie d'une rock star en pleine période de doute. Des débuts fulgurants jusqu'à la crise existentielle du présent , on y suit avec plaisir les anecdotes d'une vie hors du commun. Personnellement , je retrouve toute la verve de notre auteur écossais et cette chimie particulière qui rend pour moi tous les personnages de Banks complètement attachants et comme ancrés dans le réel. La possibilité de s'identifier avec le héros d'un livre est l'un des plaisirs de lecture et avec Banks cela m'arrive à tous les coups.

Le personnage de Daniel Weir reste pour moi l'un des meilleurs de l'univers de Banks (avec le héros de The Crow Road). On s'attache facilement à ce jeune homme qui rêve de gloire et de musique et qui vit l'incroyable surprise de voir ses espoirs se réaliser. Il lui reste bien sur à affronter le côté sombre de cette gloire... Des orgies dans les palaces, aux extravagances des ultra-riches, en passant par les souvenirs d'un passé quasi-prolétarien, Banks nous sert encore une bonne dose de son humour noir, et de sa philosophie de vie, progressiste et quelque peu cynique. Que ce soit dans les débuts surprenants du groupe de rock, jusque dans la déliquescence de l'exil et de la recherche de rédemption de sa star déchue, on sent vibrer les thèmes banksiens de l'amitié, de l'injustice, de l'amour fou, et on retrouve cette rémanence de l'esprit juvénile qui habite tous ses grands personnages (à moins que ce soit l'esprit "geek")
Tout récit banksien implique le bashing des idées réactionnaires de son époque. Dans cet opus, c'est l'extrémisme religieux qui en prendra pour son grade, comme aussi l'indécence des grandes fortunes personnelles (dont on sent qu'elle fascine quand même l'auteur). Car si le livre contient beaucoup d'anecdotes hilarantes sur la vie de la rock star (bagnoles, baraques, jolies fans, et jouets à gogo... ) , il nous dirige d'indices en indices vers le drame qu'il contient en son coeur, et qui n'est pas du tout matière à rire.

Le livre a ses longueurs, car au fil des flash-backs et des flash-forwards , on apprend parfois plus que nécessaire sur le passé et le présent du personnage et parfois même Banks verse dans la verbosité (horreur...). Mais que voulez-vous, cette écriture est tellement enthousiasmante qu'elle nous entraîne pourtant dans l'univers gothico-lyrique de ce musicien sans trop de soucis. Comme d'habitude l'émotion surgit de jolie manière au coin des chapitres et l'on ne m’ôtera pas l'idée que Banks était un grand romantique at heart.

Un livre qui fait définitivement rire et réfléchir et peut-être vous fera verser une larme ou deux, en tous cas un livre qui prend une place particulière au vu des dernières interviews de son auteur, qui, en attendant l'issue fatale de son cancer, avouait avoir toujours voulu composer des chansons. Recommandé, chaudement et sans réserve.
nostromo
9
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le 22 août 2014

Modifiée

le 30 août 2014

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nostromo

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