Extension du domaine de la lutte

Avis sur Extension du domaine de la lutte

Avatar Kevin-1677
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Deux mondes se font face, le domaine de la règle et le domaine de la lutte.
Dans le premier, il s’agit de vivre, si possible, en conformité avec les règles du jeu social et sociétal : avoir un emploi stable, payer ses factures, aller dîner au restaurant le vendredi soir…
Dans le second, déviant et défini par rapport au précédent, se trouvent précisément tous ceux qui n’arrivent pas ou plus à se conformer, à tenir le rang, et aujourd’hui à exister dans le monde capitaliste où règne la « loi du marché ».
En effet, si les deux domaines ont toujours existé, le capitalisme néo-libéral a produit sur eux une « extension ». Les structures et les hiérarchies y sont moins figées, les positions du grand nombre moins stables et plus souvent menacées. La compétition et la dérégulation étant promues, les inégalités s’accroissent selon deux aspects. Non seulement le fossé se creuse entre la majorité qui n’a pas grand-chose et une extrême minorité qui concentre les richesses et donc les possibilités. Mais en plus ces inégalités touchent d’autres aspects de la vie, telle la sexualité chère à M. Houellebecq.
Ainsi, la lutte est désormais incessante.
Mais la lutte ne renvoie pas seulement aux conditions matérielles d’existence, au rang social, à la lutte sexuelle. Elle signifie aussi la possibilité d'un autre regard porté sur le monde et l’existence, par-delà les routines et automatismes de la vie sociale et professionnelle. Elle peut être la résistance de celles et ceux qui s’intéressent encore au monde et à l’Autre, et qui se proposent par exemple des buts dépassant la sphère de la consommation.
L’informaticien que nous suivons n’a que 30 ans mais a bien conscience du domaine de la règle, et conscience qu’il s’y adapte de plus en plus mal. Il dispose certes d’un travail stable, d’un salaire honorable, mais cela ne suffit pas à son bonheur. Il a conscience de la vacuité de son existence et de celle de ses contemporains. Progressivement, il glisse. Il se réfugie dans sa solitude, son mal-être, son cynisme et s’enlise bientôt dans la dépression. Il lui devient impossible de vivre par lui-même, de trouver le goût de vivre dans un monde désenchanté duquel l’homme s’est comme retranché. Il a la conscience aigüe de ce retranchement humain et de l’amertume qui l’accompagne. L’harmonie avec ce qui est n’étant plus possible pour lui, il se décide finalement au suicide.

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