Cette Fin de défilé est une suite de neuf nouvelles subversives, stupéfiantes d’énergie, mêlant la propre histoire de Reinaldo Arenas, qui se surnommait lui-même la Lugubre Moufette, à un univers onirique, parfois emphatique ; neuf temps d’un discours narratif labyrinthique dans un tout très cohérent, dénonçant dans un style irrévérencieux, cette révolution cubaine qui s’oriente à pas lents mais sûrs vers le totalitarisme, rythmé comme un hamac par une alternance passé/présent.
Arenas-le-marginalisé n’est pas partisan d’une vérité unique qu’il juge totalitaire. La richesse plurielle de la réalité enflamme ici, comme dans toute son œuvre, ses contradictions, ses fantasmes et ses souvenirs. Ce n’est pas la vraisemblance qui lui importe, mais bien la métaphore. Au dogme machiste révolutionnaire, à l’homme nouveau du castrisme, Arenas oppose la chimère et l’humour.
Anticastriste et homosexuel déclaré, Arenas a cumulé les mandats anti-révolutionnaires, a connu la répression la plus dure pour son cas déclaré asocial, dont les UMAP ou camps de rééducation, et a choisi l’exil avec les Marielitos à destination des Etats Unis.
Malade du sida, il se suicide à New York, laissant une œuvre magnifique, lui qui défendait le pouvoir de l’écrit, cette victoire littéraire, cette illumination qui porte en elle la revanche et la libération, laissant une trace durable de l’absolue désobéissance de l’auteur au conformisme obligé. Arenas ne jouait pas sur du velours mais de la toile de jute, il n’avançait pas à pas feutrés mais avec une magistrale urgence de vivre.
Nous passons par les Cuatro Caminos, et là nous rejoignons le premier groupe de rebelles qui arrive à pied de Velasco, en tirant en l'air aux cris de "Vive Cuba, bordel" et autres. Tu es parmi eux. Je t'appelle en hurlant. Dès que tu me vois, tu abandonnes le groupe. Tu viens en courant jusqu'à moi. Tu me passes le bras autour des épaules. Tu te mets à me parler.