Par où commencer?

Avis sur Fin de partie

Avatar Léa McFly
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Pour ma première critique, je voulais quelque chose de fort, quelque chose de gros...

Je me suis demandée, mais de quoi vais-je leur parler? Que montrer? Choisir une oeuvre en fonction de ce que l'on est n'est pas chose délicate et bien souvent on finit par se perdre dans ses propres envies. Mon choix s'est finalement arrêté sur Beckett; Fin de Partie fut mon dépucelage, et au premier doigté je peux vous garantir que rien n'était fait pour durer entre nous mais au deuxième rendez-vous, un truc se produisit, vous savez le truc qui fait TILT et te rappelle pourquoi tu avais envie d'être nue dans ses bras. Bref, je passe aux choses sérieuses.

Ce qui fait de Fin de Partie un classique du genre littéraire est qu'il reste indémodable. Ecrit entre 1954 et 1956, dans les débris d'une Europe ravagée par la Seconde Guerre Mondiale, il dresse le portrait d'une société en mal d'amour, de confiance et d'espoir mais par son habilité à la plume, Beckett parvient à nous faire rire, à se jouer des codes proprement dit du théâtre et de la vie en société pour inventer un homme nouveau, plus sombre certes mais préparé à ce que le monde peut lui offrir. Et lorsque nous jetons un rapide coup d’œil sur notre monde, nous nous apercevons que le situation n'a pas tellement changé...

Présentation sommaire de l'oeuvre. L'intrigue se déroule dans ce qui semble être un abri anti aérien, deux personnages principaux Ham, "maître" de Clov, et ses parents Nagg et Nell recluent à vivre enfermer dans une poubelle. Tous semblent attendre quelque chose finisse ou commence...

Donc, en plus d'être indémodable, il s'agit d'une perle linguistique, remettant en cause tout les systèmes d'écritures jusque là mis en place par nos chers Académiciens. Dans une époque où rien ne se fait, où l'homme stagne faute de pouvoir se réinventer, l'action dans le théâtre de Beckett est décousue, s'effiloche vulgairement au fur et à mesure des pages empreignant nos mains d'une noirceur de plus en plus forte et nos têtes de ce triste constat que la destinée humaine pourrait ne pas avoir de signification. Même les dialogues ne se suivent pas nécessairement, se répètent d'un bout à l'autre du bouquin et ce manque d'action qui se traîne... Tout est fait pour que l'on ferme ce satané livre et que l'on jure que ces anglais et leur "nonsense" aillent se faire cuire un œuf...

Et le piège est là, il ne faut pas voir en Fin de Partie un livre comme les autres qui va te trimbaler de A vers Z avec sa présentation des personnages, son élément déclencheur, son intrigue et son dénouement final.
Enfin, presque, prenez vos cours de français, de littérature, et regardez. Beckett utilise tous les codes du genre, ici le théâtre, mais ne composent plus avec des mots et des espace entre les deux, il joue avec des sons et des silences, la répétition de ces sons, l'accentuation de ces silences. Ses pièces sont de véritables symphonies! Voyez comment un seul mot répéter encore et encore, à tort et à travers, finit par nous faire rire. Et ces répétitions ont un but bien définies, elles sont là pour tromper l'ennui, pour essayer de se divertir et fuir la dégradation du temps.

Les personnages de Samuel sont imprégnés de ce sentiment de fuite, de pourriture et de désincarnation mais ils gardent quelque chose d'incroyablement pur malgré tout cela. Hamm, personnage qui de par ses ordres données, ses manifestations permet à l'histoire d'avancer, c'est lui qui "a fixé" l'emploi du temps de tout ce beau monde jusqu'à ce qu'ils pouissent sortir (l'heure de médicaments, de la blague, de la prière, du roman, du repas de ses parents) n'en reste pas moins un infirme. Le fait qu'il ne parvienne n'y a prier, ni à écrire est significatif d'une chose, dans ce monde l'être humain n'est pas capable de se transcender et au fur et à mesure de la pièce, il va finir par tendre vers l'extermination. Clov, son valet, ou son enfant, on ne sait pas très bien ce qui unit les personnages de Beckett entre eux, bôite affreusement ce qui lui fait accomplir ses gestes mécaniquement, est animé du sentiment de fuite aussi, peut être plus qu'Hamm, mais reste incapble de prendre une décision. Et pourquoi? Parce que tout était beau avant. Bien sûr, Clov devrait ne pas écouter Hamm, mais ce personnage est celui d'un enfant, trop appeuré par les histoires qu'on lui a raconté sur l'extérieur pour avoir envie d'aller à sa découverte. C'est ce duo qui fait avancer l'hsitoire, Hamm donne les ordres, Clov accomplit les gestes. Les parents de Hamm, Nagg et Nell ont aussi leur part du gateau. Culs de jatte coincés dans des poubelles, privés de biscuits, de bouillie et de calmants, ces pauvres vieux ne vont plus tenir très longtemps. Pourtant, ils font preuve d'une incroyable tendresse entre eux, tendresse rendue ridicule par leur accoutrement, leur difficulté à se mouvoir, mais aussi ils sont les seuls à rire de leur malheur, à raconter des choses réellement passées de plus et peut être les seuls au fond à apporter une réponse à ce manque d'action omni-présent.

Donc, résumons, un travail littéraire de haut niveau et fascinant à étudier, des personnages attachants et différents des Scapin, Géronte et autres... De nombreux dialogues hilarants, nos personnages, bien qu'ils agissent dans un espace vraiment limité, arrivent à se mettre dans des situations cocasses et leurs échanges, qui n'en sont pas vraiment, nous renvoient souvent à notre propre situation dans cette jolie chose que l'on appelle la vie en société. Nos envies, nos désirs de réussite, notre place parmi tout cela!
Faites pas genre, on ne fait que ça vouloir avoir un sens, un but.

Si avez envie de découvrir plus de Beckett, je vous conseille Molloy pour les fans de Burroughs, Murphy ou encore Tous ceux qui tombent. Je vous passe le traditionnel En attendant Godot...

Je terminerai donc là dessus, au fond ce qu'il y a d'absurde, c'est de vouloir donner un sens à ce qui n'en a pas.

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