Extrait de Fragments d'un Journal I, 1945-1969 de Mircea ELIADE à la date du 18 décembre 1960 :

Forêt Interdite. Pourquoi tant de lecteurs s'arrêtent-ils, découragés, au bout de cent pages ? Kay Atwater, mon ancienne étudiante, par exemple. Je lui avais passé le roman, il y a deux ou trois ans. Et elle ne l'a lu que cet automne. Elle m'a écrit une longue lettre. Elle semblait hallucinée, incapable de se soustraire au charme ensorcelant des forêts dans lesquelles je l'avais promenée. Je suis donc sûr qu'une fois arrivé au nœud du roman, tout lecteur intelligent sera captivé, obsédé, et ne pourra plus le lâcher. Le destin de ce livre dépend des premières cent pages où tout est camouflé. Le lecteur pourrait avoir l'impression de se trouver devant un roman quelconque, un peu confus, prolixe et maladroit. Pour se rendre compte qu'il s'agit de tout autre chose, pour démasquer le camouflage, il doit dépasser les cent ou deux cents premières pages pour arriver au cœur de l'œuvre. Mais pourquoi se l'imposerait-il ? Oui, en effet, pourquoi ? ...
Herrouat
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