Martin Harris est un botaniste américain de renom récemment arrivé à Paris pour effectuer des travaux de recherche controversés (surtout par l'industrie agro-alimentaire). Ou du moins en est-il persuadé. Le problème c'est qu'au sortir d'une courte période de coma (il a été victime d'un grave accident de taxi), il se découvre un double, ou plutôt un remplaçant. Un autre Martin Harris qui lui n'a pas perdu ses papiers, vit avec son épouse et raconte son enfance avec autant de précision que lui. De révélation en retournement de situation, la tension monte pour le héros comme pour le lecteur jusqu'au rebondissement final qui restitue sa cohérence à l'histoire comme au personnage de Martin Harris.
Impossible d'aller plus loin dans le résumé de l'intrigue puisque Hors de moi est clairement un roman à twist, qui n'a d'intérêt que parce que l'auteur parvient à ménager le suspens en faisant monter le rythme jusqu'à révéler devant nos yeux ébahis la raison du pourquoi du comment qui justifie tout ce que l'on avait jusqu'alors considéré comme des incohérences. Van Cauwelaert, s'y entend dans le domaine et parvient avec une prose simple quoique parfois bien sentie, à maintenir un rythme bien à propos qui tient le lecteur sans peine jusqu'à la deux cent-dix-septième et dernière page.
Hors de moi mérite néanmoins un reproche de taille concernant son franc manque de cohérence dans le ton. Car si le roman s'achève bien comme un film d'action, il débuterait plutôt comme une fable absurdo-médicale (je sais qui je suis mais plus personne à part moi ne le sais, mais est-ce que je suis vraiment moi et comment vais-je rester moi si plus personne ne sais qui je suis), puis glisse vers le récit métaphysique (peut-être votre esprit a-t-il durant votre période de coma été rendre visite à celui de l'amant de votre femme et la force de l'émotion a-t-elle substitué son identité à la votre) avant d'arriver enfin à la première dimension mise en avant dans cette critique. Ces trois points de vue sur le « cas » du héros ne manquent pas forcement d'intérêt (quoique je sois resté très hermétique au passage mystico-métaphysique). L'absence de justification à ce glissement progressif de ton par le déroulement de l'intrigue m'a cependant assez franchement dérangé, me donnant un peu l'impression que l'auteur a changé d'avis au fil de l'écriture mais n'a pas eu le courage de retravailler les premiers chapitre une fois le livre achevé.