Only God forgives

Avis sur Il est difficile d'être un dieu

Avatar MarlBourreau
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Après avoir découvert les frères Strougatsky avec l'avant-gardiste Stalker, je me suis naturellement penché sur le cas de leur second gros succès; Il est difficile d'être un Dieu. Déjà disons le franchement, le titre est sacrément intriguant et induit une certaine forme de vertige et de démesure. Et il y a de quoi puisqu'on parle tout de même d' un homme, Roumata d'Estor, qui se voit confier au creux de la main le destin de l'humanité.

Dans le futur, les hautes instances Terriennes de l'Institut ont décidé de mener des expériences sociales sur des civilisations extraterrestres peu évoluées et c'est ainsi qu'Anton débarque dans le royaume d'Arkanar dans un monde qui entre de pleins pieds dans le Moyen Age. Il endosse l'identité du noble seigneur Roumata et, sous son apparence d'affilié à la cour Impériale de ce monde, il analyse et étudie sous le prisme de l'Histoire les moeurs de cette civilisation.

Vous l'aurez compris, si Anton/Roumata est un Dieu ce n'est pas parce qu'il peut déclencher des tempêtes de feu ou matérialiser à sa volonté l'impossible, mais bien parce qu'il vient du futur de cette humanité et connaît donc toutes les arcanes des sciences et de l'histoire. Et si personnellement j'aimerais beaucoup faire pleuvoir du vin ou me téléporter à loisir où je le désire, force est d'admettre qu'il y a un aspect grisant à connaître l'avenir et pouvoir anticiper l'histoire.

Cela tombe bien car le royaume d'Arkanar est la source de pans historiques bien connus, et notamment ceux de l'obscurantisme et du totalitarisme. En effet, Don Reba, le ministre du roi, fomente de sinistres desseins pour l'humanité en envoyant au bucher les intellectuels, les savants et les lettrés pour mieux asservir le peuple et s'arroger le pouvoir. Goulag, Nazisme, coups d'état, obscurantisme religieux et despotisme politique sont donc mis en avant et bien que Roumata voie tout cela se profiler à l'horizon, il n'a pas le droit d'intervenir...

C'est en cela qu'il est difficile d'être un Dieu et que la thématique de l'interventionnisme transparait brillamment dans cet ouvrage. Doit-il laisser faire l'ordre des choses sous l'impulsion du sinistre don Reba, ou doit-il interférer et de facto remodeler l'espèce humaine en l'empêchant de vivre son histoire ? Ce tiraillement permanent rend le personnage d'Anton/Roumata à la fois touchant mais également très humain.

Les frères Strougatsky prennent leur temps pour poser les bases de ce questionnement aussi politique que philosophique dans un univers de SF où les anachronismes se font rares. Les auteurs nous invitent à nous interroger sur nos convictions morales en nous faisant empathiquement toucher du doigt le dilemme que vit le personnage principal. Leur style est agréable et ils savent ménager leurs effets pour capter durablement notre attention pour une lecture fluide qui ne s'alourdit jamais trop avec des détails et des digressions superflues.

L'historie n'attend pas. Ou plutôt si, elle n'attend que vous. Il est difficile d'être un Dieu est une lecture des plus sympathiques, mais surtout des plus intéressantes compte tenu des propos politiques, historiques et religieux qui y sont abordés d'une main de maître par les deux auteurs. D'autant plus que je suis personnellement toujours admiratif des oeuvres vieilles d'un demi siècle et pourtant encore tristement d'actualité de nos jours. C'est, pour moi, l'un des gages de qualité d'un bon roman. Et cet ouvrage est l'un d'eux.

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