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le 14 août 2015
SuivreQue dire de ce roman superbe, tant sur le fond que sur la forme?
La forme, pour un texte de plus de 600 pages, est primordiale. Le roman est structuré comme un puzzle, avec des chapitres relativement courts composés de petits fragments qui alternent entre les temporalités et les voix des protagonistes, du narrateur omniscient et d'un second narrateur qui contextualise le présent (ces passages à la manière d'un essai que j'ai mentionnés plus tôt). Dans le dernier tiers, même les pensées d'un bébé interviennent, faisant office de charnière. Cette structure, le langage accessible et le traitement d'événements que nous connaissons tous plus ou moins, même si nous essayons de les ignorer, font que tout se lit dans un rare bonheur.
Tout se trame autour d’un triangle entre Agnès, Ómar et Arnor. Agnès est une Juive islandaise d'origine lituanienne qui étudie la montée du populisme pour sa thèse ; Omar, philologue durement touché par la crise de 2008, alterne périodes de chômage et livraison de pizzas ; Arnor, militant et théoricien d’extrême droite. Nous allons avec eux de Lituanie, à Jubarkas, ville dans laquelle les pro-nazis avient interdit aux juifs de marcher sur les trottoirs...en Islande à Isafjördur, ville de 2700 habitants, dans laquelle – ce n’est pas l’auteur (qui est né là) qui en parle, mais moi – il y a le meilleur restaurant de poissons que je connaisse – croyez-moi j’ai mangé dans tous les multi étoilés, aucun n’arrive au niveau de celui-ci, c’est le Tjoruhusid, à côté du petit musée local.
En filigrane de cette intrigue principale, comme mentionné précédemment, gravitent les passés des protagonistes. L’enfant à l’étoffe de leader et aux inclinations intellectuelles atypiques pour son âge, qui finira par théoriser sur les vertus de la patrie, de la tradition et autres mantras populistes ; l’adolescent introverti, fils de parents divorcés, qui finira par exhiber son tourment intérieur à travers l’Europe. et les témoins (des deux camps) du massacre de Juifs à Jurbarkas, en Lituanie, où nazis et nationalistes lituaniens ont tué 2 000 personnes en 1941. Cet ensemble d'éléments aboutit à une sorte de conclusion multidimensionnelle qui apporte la touche finale à une lecture totalement addictive destinée à nous faire ressentir plus que jamais “ce putain poids de l’histoire”, dont Agnès parle, cul nu, en sortant de la douche.
Un livre qui fait partie de ces grandes sagas, avec Autodafé, La Cloche d’Islande, les romans d’Oulitskaïa ou de Togarczuk.
Surtout ne pas passer à côté de cette lecture.
Créée
le 25 févr. 2026
Critique lue 10 fois
8
le 14 août 2015
Suivre9
le 25 févr. 2026
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