Jacqueline de Romilly livre à ses lecteurs un ouvrage très personnel. Ce livre, c'est la vie de sa mère, Jeanne David.
On aborde ce livre sur des descriptions de photographies de Jeanne, jeune, adolescente puis jeune femme. On pourra regretter que ces photos n'aient pas été incluses dans le livre, afin de se rendre compte des talents descriptifs de l'auteur.
La construction est assez classique puisqu'elle suit bien l'ordre chronologique, avec parfois quelques hésitations sur l'enchaînement des situations: la jeunesse de sa mère, la rencontre de Jeanne avec le futur père de l'auteur, leur très courte vie ensemble et la Première guerre Mondiale qui viendra briser ce bonheur. Tout cela est relaté à travers des témoignages de proches et basé sur des photos.
Suite à ce drame, Jeanne est décrite comme une femme qui ne retrouva plus jamais le bonheur mais qui vécut sa vie à cent pour cent, pour sa fille. Elle apparaît comme une femme courageuse, débrouillarde, qui n'a jamais baissé les bras.
Même si l'auteur nous décrit sa mère comme un écrivain ayant du talent, en se basant sur des critiques publiées à l'époque, son talent n'a pas franchement l'air reconnu du grand public et d'ailleurs, aujourd'hui, on ne connaît pas son oeuvre. Pourtant, Jeanne y croit, continue à écrire, tout au long de sa vie mais diversifie également ses activités pour passer au théâtre ou à la radio. Jusqu'à la fin de sa vie, elle ne cessera jamais d'écrire.
Jacqueline de Romilly n'avait pas souhaité que ce livre soit publié de son vivant et l'avait d'abord distribué à un cercle restreint de proches.
Ce livre a totalement sa place dans la bibliothèque de proches de l'auteur ayant connu Jeanne. Mais pour le commun des mortels, la lecture de ce livre est parfois un supplice. On ne compte plus les compliments, délivrés au fil des pages ou même des lignes et on se met à douter de leur bien-fondé: comment un auteur pourvu de tant de talent et de qualités peut-il ainsi tomber dans l'oubli le plus complet?
On a l'impression qu'avec cette accumulation de compliments, elle souhaite se racheter, qu'elle n'a pas assez mis sa mère en valeur de son vivant, ou ne s'est pas rendue compte de tout ce que sa mère a fait pour elle.
Ou est-ce que Jacqueline de Romilly ne se donne-t-elle pas trop d'importance, à tort, en se plaçant constamment au centre de la vie de sa mère?