Oh my goodness

Avis sur L'Empire du bien

Avatar SmileShaw
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L'Empire du bien m'a été conseillé il y a quelques jours. Non, mieux ! Il m'a été imposé, en pdf, par mail. Dire que j'ai eu autant le choix que ma voisine Souad d'aller à la plage faire du monokini l'été dernier donne une idée de la pression que m'a fait subir l'expéditeur dudit courriel.

Première heureuse surprise : l'Empire du bien, c'est 96 pages.
Derrière les Misérables, ça passe aussi bien que la lecture des ingrédients des Miel Pops.
Il s'avère qu'après les 5 premières pages, la deuxième vraie heureuse surprise pointe le bout de son nez : cet essai est prenant. On se l'enfile comme les Choco BN : tu en prends un, deux et l'air de rien, t'es au bout du paquet.

Philippe Muray pose un regard critique sur la société dans laquelle nous évoluons, société malade de bonheur, de positivisme, aseptisée, qui n'obéit qu'à la règle du consensus, muselant l'individualité pour le bien de la collectivité.
L'époque où le Mal est l'ennemi du Bien est d'après lui révolue et il dénonce, au contraire, le Bien ennemi du Mal.
Tout est autour de nous, fait, pensé, modelé pour que le Mal disparaisse, sur tous les plans : politique, artistique, social et pour que l'esprit festif domine, empêchant toute réflexion et encore moins rébellion.

L'ironie est bannie, l'humour est en danger. Les écrivains révoltés, qui ruent dans les brancards, les Molière et Sade entre autre, sont morts, vive les auteurs. La contestation n'est plus permise et on fait la part belle à la fête, aux parades en tout genre, pour notre Bien.
Muray dénonce le règne du Coeur au détriment du cerveau. Le sentimentalisme prévaut sur la réflexion. La masse ne doit plus penser, elle doit ressentir. Et tous (medias, hommes politiques, législateurs, etc.) d'unir leurs forces pour atteindre leur but, déjà bien avancé : nous abrutir, nous unifier, pour qu'on soit bien.
On vote des lois, sur tout et sur rien, on restreint les espaces en nous connectant en permanence, nous laissant le moins de marge de manœuvre possible. Qu'est-ce qu'on est bien ...

Dans un essai nourri de références, où le style et l'humour cohabitent de manière élégante et plaisante, Phillipe Muray dresse donc le portrait de celui qu'il appelle Homo festivus, formaté, enfermé dans le carcan du ressenti et libéré de tout raisonnement :

Nous sommes aujourd'hui dans une situation qui rappelle, en mille fois pire, en cent mille fois plus redoutable, celle du XVIIe siècle, où avoir une opinion à soi, être individu, apparaître individu (...) constituait la définition même de l'hérésie. La liberté de penser a toujours été une sorte de maladie, nous voilà guéris à fond.

Dans ta gueule, Florent Pagny

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