Il est étrange de devoir ajouter un livre à la base de données. On se dit que le roman est largement oublié alors que son premier tirage s'est épuisé très rapidement ; finalement fait-il partie de ces livres que l'on est fier d'avoir déniché, puis apprécié, et qui nous devient presque intime.
Il était temps de réparer cette injustice. Car si ce n'est pas un chef-d’œuvre, ni même un grand roman, au moins est-il étrangement... enchanteur.
Des siècles après la quête du Graal, Merlin et Viviane sont fatigués. Fatigués de leur immortalité, du monde qui ne leur ressemble plus, et de leurs pouvoirs titanesques qu'ils doivent refouler. Quoi de mieux que de jouer un pauvre illusionniste dans un cirque pour finir ses vieux jours ? Viviane, elle, s'est retirée dans les jardins d'un couvent.
Disons-le tout de suite : il n'y a pas vraiment d'histoire, d'aventure, et le protagoniste que l'on suit n'a aucune personnalité et n'est pas crédible au début du roman, prolongeant son séjour dans un hôtel simplement parce qu'il a entendu des choses étranges dans la chambre d'à côté. Mais peu importe : ce qui pourrait rebuter n'est pas important ici, notre personnage n'est que prétexte à suivre un Merlin et sa Dame l'espace de quelques jours, au crépuscule de leur vie. Lui joue l'illusionniste, mais le reste de la troupe est tout aussi enchanteur. Nous avons par exemple un ventriloque à l'histoire (relativement) touchante, et dont le talent artistique ne peut plus se différencier de sa folie, faisant parler les objets et finissant toujours de façon inquiétante ces crises.
Je ne veux pas en dévoiler plus, tout l’intérêt du roman est dans la découverte de la troupe qui exerce une étrange alchimie avec le personnage de l'enchanteur, leurs défauts résonnant avec les siens. A défaut de réel scénario, le livre est poétique, intelligent, et reste suffisamment court pour qu'on ne s'en lasse pas.
« Je suis de mauvaise humeur ce soir, je l’avoue, et cela me ferait de la peine de vous avoir blessé, matériellement ou moralement. L’artiste quel qu’il soit, le poète, le musicien, le comédien se sent dominé parfois par une force qui émane de lui et dont il mesure
mal la puissance. Nous avons à notre disposition une machine dont
l’énergie surnaturelle nous emporte, bouscule notre prudence, aveugle notre raison. »
Je mets 6 pour ne pas le surévaluer, mais mon ressenti est plus positif que ça. Je pense le relire un jour, pour me remettre sa galerie de personnages en mémoire.
A lire comme une curiosité un soir que vous voulez rêver sur l'art et la magie. Et après, si vous ne l'avez toujours pas fait, allez lire l'enchanteur de Barjavel, qui vaut le détour.