Un homme encore jeune, Virgil, grand lecteur et grand amateur d’auteurs antiques, répond à l’appel de détresse d’une ancienne amante, Aurore, et se précipite à New-York, où la jeune économiste s’était engagée dans le mariage qui est en train de se défaire et qui lui laisse un enfant, Etan. « L’Inversion du Gulf Stream » retrace les trois premiers jours de ces retrouvailles à haut risque.


Car l’amour, autour de ce personnage masculin solitaire et habitué à la solitude, est au moins autant envisagé comme un « risque » que comme une « chance »... Après le préambule et les deux premiers jours d’arrivée, tenant en une bonne cinquantaine de pages, l’acmé du roman occupe presque deux cents pages, centrées sur une unique journée, la troisième, donc ; journée tout entière consacré par le héros à une infinie déambulation solitaire dans les rues de New-York : « La ville resterait pour lui ce décor grandiose, fascinant, dans lequel il continuerait à déambuler au hasard, s’étourdissant à lever la tête vers les façades lisses des gratte-ciel dont les vitres teintées, à hauteur d’homme, ne faisaient que refléter sa solitude de marcheur » (p. 80). Une fuite en avant qui prend des allures de perte, de dissolution, mais qui se révèlera être une marche vers l’autre. Des pages superbes, qui tout à la fois explorent l’âme du héros, ses attentes, ses réflexions, ses réexamens de ses souvenirs proches et lointains, et le territoire urbain américain. Des notations de détails, différentes stations, éveillent aussi bien l’esprit d’analyse que les éléments d’un passé livré sans chronologie. Une difficulté à se dire est avouée, très joliment transcendée par l’auteur et par son aptitude à épouser le point de vue de l’autre, le membre féminin de ce couple tâtonnant, et à sonder sa psyché avec une clairvoyance très convaincante.


La thématique de la fuite, de l’échappée, qui donne lieu à ces pages essentielles, conduit ainsi, à travers deux introspections conjointes, du « se sauver », qui semble tant animer Virgil, au « sauver » l’autre, et soi-même par la même occasion...


Fabrice Chêne dévoile, dès ce premier roman, un regard d’auteur et livre un récit poignant dans lequel le caractère redoutable de l’amour ose se dire, tout comme l’attente infinie, miraculeuse, qui peut lui être attachée.

AnneSchneider
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le 12 juil. 2018

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