Un roman sur le thème de la fin (difficile) de l'adolescence, la perte des illusions enfantines et la nécessité du partir pour pouvoir grandir.
C'est en tout cas comme ça que j'ai reçu ce roman.
Son narrateur et quasi personnage principal (parce que cette notion mérite d'être examinée) est un jeune homme de 17 ans, Nanni (pour Giovanni), qui l'été suivant son bac organise un concert de jazz pour l'anniversaire de sa mère.
Un concert dans lequel il s'est beaucoup investi, et à plus d'un titre. Orphelin de père, il a choisi comme concertiste la femme pour laquelle son père a tout plaqué pour se lancer dans la musique. Amante fantasmée, témoin oculaire d'un père qu'il a à peine connu, cause du départ (et par ricochet de la mort) du père, idole musicale... Nanni a beaucoup d'attente quant à la rencontre de cette femme.
En tant que lecteur, tout l'imbroglio de sentiments, de relations entre cette concertiste et la famille de Nanni nous reste longtemps obscur. On sent les non-dits, les tensions sous-jacentes, sans comprendre vraiment où tout cela va mener, ni ce qu'espère vraiment Nanni...
Autour de lui, il y a ces deux amis, Ugo et Sophia, qui subissent pendant tout le roman les sautes d'humeur de leurs capricieux amis (ah ! les fils à papa !) ont bien du mérite à tirer leur épingle du jeu de dupes qui se joue sous leurs yeux...
L'écriture rend bien compte des tourments intérieurs de Nanni, de ce constant ascenseur émotionnel qui le fait passer de la félicité à la frustration ; de l'espoir à la plus complète déprime. Car comme on s'en doute, rien ne va jamais comme on le veut quand on remue les souvenirs du passé.
Comme précédemment mentionné, si Nanni est le narrateur principal (pas le seul), j'ai eu du mal à le voir comme le "héros" de ce roman. Déjà parce que sa tendance à l'auto-apitoiement et son immense égoïsme n'en font pas une personne immédiatement sympathique, même si on voit aussi ses bons côtés, et qu'on devine que son obsession pour la concertiste n'est pas pour rien dans son comportement autocentré...
Si je devais trouver un personnage central, ce serait sans doute l'île elle-même, jamais nommée mais omniprésente, belle mais dangereuse avec son volcan en activité, séduisante mais aliénante quand ses habitants en sont comme les prisonniers volontaires... Ce qui n'a pas été sans me rappeler un précédent roman de Romuald Giulivo : Pyromane
Dans ce roman aussi, le personnage principal était une ville, anonyme (encore que), où le narrateur (encore un ado, tiens, tiens...) se sentait prisonnier de sa ville de naissance, quoiqu'à un point plus viscéral que Nanni et ses amis. L'adolescence et son mal-être sont les thèmes de prédilection de l'auteur, qui en avait exploré un autre pan à travers un autre de ses roman : Où es-tu Britannicus ? (absent sur Sens critique ? Mais... mais...).
Cette fois encore, une approche différente de ce délicat moment de la vie, servie par une écriture captivante. Presqu'autant que l'île, finalement.