Au-delà de la trajectoire d'une famille qui a mal choisi son camp (c'est facile à dire 80 ans après ! ) et le destin tragique de ses membres que l'on sent poindre sès les premières lignes, je vois dans La crève une fine analyse comportementale. Que l'on soit héros ou victime (parfois même les deux en même temps) l'on n'en reste pas moins humain et soumis à la loi des hommes. Et quand on sait comment la justice était rendue à cette période de notre histoire, on est amenés à se questionner sur l'Etat de droit et le pouvoir arbitraire. L'auteur, Frédéric Dard, âgé de 23 ans à la libération de Lyon a vécu cette tragédie ( je parle là des excécutions hâtives, de justice sommaire de femmes tondues et non bien-sûr de la Libération en elle-même) de l'intérieur, il en est resté marqué à vie. L'écriture de La crève date de 1946 et doit être considérée comme un devoir de mémoire. Le style, le pouvoir évocateur de ce roman, la tragédie des situations, les sentiments éxacerbés nous font reconnaître là, le talent naissant de l'auteur qui n'aura de cesse de se confirmer durant plus de 50 ans.