How many roads must a man walk down ?

Avis sur La Horde du contrevent

Avatar Satyagraha
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Bon sang, ce livre...

En une décennie, Damasio est devenu un incontournable révéré en sa qualité de démiurge littéraire. Foisonnent les projets de déclinaison de son roman : en film, en musique, en jeux video... le moins qu'on puisse dire, c'est que le titre s'est agglutiné une belle communauté de fanboys.

Au bout d'un moment, faute de persil à se glisser dans l'conduit auditif et jusqu'à la trompe d'Eustache, il faut bien que le gros « BANG » produit par l'apparition de La Horde du Contrevent dans le monde littéraire, vous ébranle et brise votre carapace d'indifférence!
Faut l'lire pour savoir quoi. Bah voilà, j'ai franchi le cap.

Donc, on se trouve dans un monde où les courants aériens sont unidirectionnels. Ça souffle de l'amont vers l'aval et s'agit de savoir ce qu'il y a en amont ; ça, pour les spécialistes, les hordiers, c'est la quête d'une vie. On suivra donc un des ces groupes de saumons du vent dans leur histoire de contre-courant. Une bonne petite goulée d'aventure en perspective!

Enfin, sauf que, moi, ça m'a clairement ennuyé.

Dans l'ensemble, le texte a ses qualités : bonne immersion dans le groupe notamment grâce à la multiplication des narrateurs (une bonne vingtaine de hordiers quand même... ), une bonne dramatique dans la mise en scène et d'excellentes phases d'action...
M'enfin, plusieurs narrateurs c'est aussi plusieurs niveaux de langage et un exercice de style exigeant auquel, selon ma sensibilité, Damasio se soumet avec une maladresse qui se retrouve fort perceptible du fait que ledit exercice est précisément un argument de qualité mis en exergue par le bouquin – y'a d'ailleurs un certain aspect autoréférencé et démonstratif dans ce livre ; un « voyez comme cet usage des formes n'avait jamais été proposé avant la La Horde du Contrevent ! » tellement appuyé que ça en crève le 3ème mur.
Si l'action est plutôt prenante, l'intérêt qu'elle suscite est limité par le peu d'empathie qu'engendrent les personnages, autant le dire, y'aura des morts dans l'poulailler et, si on est pas en empathie avec un personnage, qu'il soit parmi les principaux ou non, son équarrissage, on s'en bat les steaks.

Puis, d'autre part, une certaine dimension philosophique est insufflée au récit, une longue tangente abstraite sur la mystique du vent, l'analogie de la quête des hordiers avec la condition existentielle et des trucs comparables... Primo, tout ça est très surexposé comme une adjonction au forceps pour densifier la tambouille, ça donne un aspect défavorablement composite et, deuzio, pour un grande part du contenu, il y a clairement un abus de termes scientifico-philosophico-blablatesques !
Chez Damasio, ça gargarise souvent les mots dans un borborygme impénétrant qui te bisbrouille les esgourdes...

Il me semble qu'en fin de compte on peut allégrement passer des grosses dizaines de pages au broyeur sans affecter l'histoire ni la compréhension de l'univers et on se retrouvera, après dégrossissage, avec un simple roman d'aventure fantastique pas magnifique, pas mauvais non plus.

Pour moi, l'intérêt est très limité, ma curiosité est satisfaite et je ne regrette rien, ne serait-ce le temps de lecture. C'est pourquoi, à titre informatif, ça vaut le coup de s'y lancer, par contre, si après une centaine de pages vous n'êtes tjs pas dedans, franchement, laissez tomber. Ça vaut pas le coup de forcer et d'se faire mal. Ce roman est sélectif : )

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