Nolite te salopardes exterminorum...

Avis sur La Servante écarlate

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L'Histoire n'est qu'un éternel recommencement. L'humanité n'apprend pas de ses erreurs. Elle les réitère par périodes en y ajoutant un voile de pudeur, une cruauté celée, un masque de civilisation. Modernité oblige.

La servante écarlate propose un avenir tout à fait crédible. Il pourrait se dérouler dans quasiment toutes les sociétés sur la planète. Il suffit d'attendre suffisamment. Là où une religion monothéiste a pu s'ancrer socialement dans la durée réside la possibilité d'un théocratie intransigeante. Au détriment de la gente féminine bien entendu. Le pouvoir et la religion ont toujours fait bon ménage... pour le plus grand profit des hommes qui peuvent assujettir leurs semblables, opposant masculins ou autres dénuées d'organes phalliques.

Margaret Atwood dépeint une société démocratique qui a basculé, en quelques années, en une théocratie inquisitrice, la république de Gilead. La chute de la natalité, suite à des pollutions diverses, a atteint un tel seuil que les femmes encore en capacité de procréer acquièrent un statut particulier. Ecrit en 1985, ce texte s'avère prophétique, ladite chute des naissance ayant déjà commencé dans les sociétés occidentales contemporaines, pollutions de toute nature oblige.

Le décor étant planté, le récit peut se dérouler. L'écriture est fluide, froide, efficace. L'auteure esquisse par petites touches la situation de cette femme, Defred, servante écarlate de son état. Margaret Altwood laisse à dessein planer des incertitudes afin que le lecteur ne se fasse une idée du contexte que très progressivement. Cette façon de distiller l'information est hautement intrigante et s'avère jubilatoire. En dépit de certains passages plus calmes, l'intérêt va croissant et l'oppression de ces femmes de pair. Au fur et à mesure que le regard prend du champ, l'horreur du tableau se contemple dans sa globalité. Ce n'est pas pour rien que l'auteure, dans sa postface, évoque des lectures de jeunesse qui l'ont fortement impressionnée, à l'instar de 1984, de Georges Orwell.

Au final, la servante écarlate est une dystopie dont le succès n'est pas immérité, loin s'en faut. C'est une voie possible pour nos sociétés. A chacun, à moins qu'il ne soit un fervent partisan d'une autocratie théocratique, de faire en sorte qu'elle ne devienne pas probable.

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