Une expérience de vie

Avis sur La Zone du dehors

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Alain Damasio est un auteur français, romancier, idéaliste et assoiffé de liberté. Le roman que je tiens à vous présenter est le premier qu'il a écrit, publié par La Volte, jeune maison d'édition française en marge des conventions, et qui doit son nom à une organisation issue de La Zone du Dehors. Cette maison d'édition s'amourache de jeunes auteurs peu communs et a pour originalité de chercher à faire vivre l'univers de chaque œuvre. Ce n'est pas un hasard si Alain Damasio est publié dans une telle maison d'édition. Ils se ressemblent en un sens, ils sont hors normes.

Dans un futur pas si lointain que ça. Une ville parfaite a été créée sur un astéroïde. Non pas sur sa totalité, mais dans une bulle d'oxygène. Cerclon. Au sein de cette ville, un système parfait. Sécurité à 100%, chaque citoyen greffé d'une puce lui autorisant ou lui refusant l'accès à certains lieux, des téléviseurs géants dans chaque foyers, une tour au sein de laquelle chacun peut se rendre et qui permet aux gens d'espionner et de dénoncer tout ce qui se passe dans la ville. Donc des curiosités malsaines rassasiées, des caméras à chaque coin de rue en prévention des agressions, des vies gérées de A à Z et de rat à zèbre, vies suivies, codées, baignant dans le confort et dans une pseudo liberté. Un futur vraiment très proche, car comme se plaît à le dire l'auteur, il n'y a pas de caméras dans nos rues. « Souriez, vous êtes gérés ».

A la périphérie, la Radzone. Territoire des exclus de tous bords, de ceux qui ne possèdent pas cette fameuse puce et qui donc ne peuvent entrer dans une banque. De ceux dont l'espérance de vie ne dépasse pas les 30 ou 40 ans en raison de la dangerosité des matériaux qui s'échangent. Des rats de zone, vivant cachés des services de l'ordre, par peur d'être expédié dans un de ces camps d'où l'on revient changé, détruit.
Dans le ciel, le Cube. Amoncellement des déchets de toute la ville (carcasses d'immeubles, déchets nucléaires et autres joyeusetés), compacté en permanence, fascinant, étrange, objet de fantasmes et de peurs pour la population. D'ailleurs, il paraîtrait que certains condamnés à mort de prestige auraient été invités à y pénétrer, le Cube possédant diverses entrées...
Ailleurs, le Dehors. Astéroïde à nu, rivières de pierres, air non respirable, territoire de liberté.

La Volte. Organisation terroriste luttant comme elle le peut contre le régime en place, régime coupable d'interdire toute liberté en engluant les citoyens grâce au confort et aux mesures de sécurité qu'ils demandent. Menée par Capt, professeur à l'université et philosophe, La Volte est l'alternative. Ils sont fous, assoiffés de vivre. Ils risquent tout pour quelques escapades dans Le Dehors, territoire affranchi. Ils risquent la mort pour le plaisir de la vie. Nul ne doit connaître l'identité des Voltés, ils risqueraient gros. Alors ils se cachent, utilisent des codes pour se réunir en secret, afin de préparer leur Volution.

Œuvre exaltée et exaltante. Dialogues brillants, réflexions poussées et muries, directement basées sur des œuvres philosophiques.

On ne ressort pas indemne après avoir lu un Damasio. Son obsession est d'aller au bout de soi-même, de pulvériser ses limites, de franchir l'infranchissable, envers et contre tout, et c'est ce qu'il concrétise par le biais de l'écriture. N'ayant pour l'heure que deux romans à son actif, acclamés par ceux qui les ont lus, on peut dire de lui qu'il est un auteur complet.

Quand il se met en tête d'écrire sur un sujet, tout y passe, pas de sensation d'inachevé quand on arrive au bout de sa lecture, chaque livre est une fin en soi, une fin merveilleusement aboutie. Maîtrisant une écriture énergique, dynamique, très fournie en vocabulaire, et étant capable d'imaginer des histoires et des personnages d'une profondeur inouïe, il s'impose à moi comme mon auteur favori.

Ne vous attendez pas à une lecture aisée, le soir lorsque vous êtes fatigués ou dans les transports en commun le matin. Non, il faut avoir les idées claires quand on se plonge dans un de ces deux romans. Mais une fois qu'on y est, on ne lâche plus, et on n'en ressort pas indemne. Mettez votre paresse de côté durant quelques heures. Les meilleurs livres sont ceux qui laissent des traces dans notre cœur et dans notre tête, et ces deux là laissent en moi un sillon tracé au fer rouge.

Critique publiée une première fois sur http://lyonnes.blogspot.com/2010/02/la-zone-du-dehors-alain-damasio.html

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