Orwell, 100 ans après

Avis sur La Zone du dehors

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J'ai du paraître bien enflammé lorsque j'ai évoqué « La Horde du Contrevent » d'Alain Damasio. Eh bien, oui, je vous le confirme : je suis un fan de cet auteur si particulier. J'ai pu discuter un peu de la thématique ultra sécuritaire de « La zone du dehors » avec l'auteur et le travail qu'il a accompli est remarquable. Orwell et Huxley restent toujours inégalés mais construire un monde de contrôle permanent est devenu, depuis ces deux génies, un challenge difficile à mener. Alain Damasio a fort bien réussi à s'en sortir, arrivant parfois, et cela est une gageure, à faire oublier ses illustres aînés. Il convient de dire que la technologie a aussi considérablement évoluée et que les moyens utilisés existent déjà pour la plupart, ce qui rend le sujet d'autant plus passionnant.

L'action se situe en 2084. Avec un siècle de retard le cauchemar orwellien est devenu réalité. C'est sur un des nombreux satellites de Saturne qu'on découvre Cerclon, une vaste cité-état à laquelle on peut aisément attacher l'attribut de dedans. C'est là que vivent des humains. Ils y vivent, y travaillent, s'aiment, se distraient. Mais, bien entendu, même dans le meilleur des mondes, on trouvera toujours des insurgés. La Volte, une organisation secrète essaye d'émanciper le peuple du contrôle qu'on lui impose.

En effet, ici ce ne sont pas seulement des empreintes digitales et les segments d'ADN de tous les citoyens qui sont détenus par les dirigeants. Non, il y a, tous les deux ans, une visite médicale obligatoire qui permet de relever l'empreinte vocale, la forme des mains, du dos, toutes les mensurations du corps permettant aux ordinateurs de savoir qui fait quoi et où. Et cela en permanence. Et si ca ne suffit pas, on impose des codes-barres pour tous les objets de la vie courante afin d'en connaître le propriétaire.

Alors, évident, certains ont envie de se sentir plus libres et d'échapper, ne serai-ce que le temps de courtes escapades, à cette société du contrôle. Et certains y arrivent. Ils passent au travers des anneaux périphériques de Cerclon, traversent les radars, évitent les caméras et les drones qui surveillent les limites de Cerclon et se retrouvent à l'extérieur, dans « La zone du dehors ». On n'y survit pas plus de trois minutes sans casque à oxygène, les rivières y sont de sables et parfois trombes de vents et nuages toxiques peuvent vous tuer, mais quelques habitants sont près à prendre ces risques pour le vivre.

Le pire, c'est que sortir au dehors n'est pas interdit.

Simplement, nous sommes dans un monde où les statistiques occupent une place essentielle et où il est attesté que 84% des criminels et délinquants avérés sont déjà allés au dehors. Dès lors, il suffit de surveiller et identifier ceux qui sortent pour pouvoir les ficher comme délinquants potentiels, pour leur imposer ensuite une surveillance encore plus étroite.

Nous suivons les aventures d'un des leaders de la Volte, alors que cette dernière décide de passer à une action plus énergique, pour ne pas dire plus violente. En effet, après quelques années de tractage, de manifestation, de communication non violente, rien n'a changé et le pouvoir se renforce à parer ces doux utopistes. L'action devient donc violente et ils ne savent pas encore que la police commence à les pister afin de neutraliser ces dangereux « terroristes ».

Dans un monde où des portes-mâchoires peuvent vous interdire l'accès à certains secteurs de par votre extraction ou votre compte bancaire, dans un monde où un quart de la population travaille, un autre lui fait plaisir et la moitié restante surveille l'autre moitié, les choses vont devoir bouger. La délation n'est pas un crime et on l'y encourage. J'ai envie de dire que toute ressemblance avec des faits réels n'est pas fortuite et qu'elle est superbement exploitée par Alain Damasio.

Il faut préciser que « La zone du dehors » est le premier roman d'Alain Damasio. Pour la maison d'édition de la Volte, il a remanié l'ensemble de l'ouvrage et réécrit les cinq premiers chapitres. Il faut aussi préciser qu'à cette édition, tradition à la Volte, est adjointe un DVD avec des court-métrages éclairants réalisés par Ludovic Duprez et Erwan Castex. Il s'agit d'images de synthèse animées qui servent de travaux de base pour un long-métrage sur lequel ils travaillent avec l'auteur. L'aventure se poursuivra donc, c'est quelque chose d'enthousiasmant car le travail de Damasio n'est jamais terminé à ses yeux et toutes les prolongations sont les bienvenues. Une bonne et saine lecture que je recommande vivement à tous les altermondialistes déçus du peu de poids qu'ils pensent peser. L'avenir est devant nous, nos chances sont en nous, aidons les à se porter au dehors.

Et un site sympa pour pénétrer cet univers :
http://www.lavolte.net/lazonedudehors/

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