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Le Liseur par Diothyme

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Michaël Berg va rencontrer son premier amour dans des circonstances plutôt inhabituelles et pour tout dire pas très romantiques. A quinze ans, il attrape une jaunisse, et il est pris de vomissements sur le chemin de son domicile. Une femme âgée d'environ 35 ans l'aide à se nettoyer et à lessiver le trottoir, puis le raccompagna chez lui profondément gêné. Sans sa mère il ne l'aurait jamais revue, mais elle insiste pour qu'il aille remercier cette inconnue, il se rend donc chez elle muni d'un bouquet de fleurs quelques jours plus tard. Après avoir discuté un peu, il prétexte de devoir partir, elle lui dit qu'elle aussi et se retire dans la cuisine pour se changer. La porte n'étant qu'entrebaillée, Michël découvre pour la première fois les charmes féminins, et il en est profondément ému. Ne sachant pas quel comportement adopter, il s'enfuit laissant là son hôte. Cependant il ne parvient pas à enlever les images de cette femme de sa tête, et poussé par une force inconnue, il retourne la voir, elle s'offre aussitôt à lui, nue, ayant compris mieux que lui ce pour quoi il était venu. Démarre alors pour le jeune garçon une étrange histoire d'amour avec Hannah, une femme au caractère changeant, qui sait être douce tout en étant autoritaire.Il la rejoint au sortir de son travail de receveuse de tramway, mais elle tient à ce qu'il réussisse ses études, il multiplie les efforts pour plaire à sa belle. Il prend l'habitude de lui lire les classiques allemands, activité à laquelle elle tient beaucoup. Le temps passant Michaël commence à se lasser de ses sautes d'humeur, et son assurance virile lui permet de se rapprocher d'une jeune fille de sa classe, bien qu'il ait l'impression de trahir sa maîtresse. Peu après, sans raison apparente et sans un mot, Hannah disparaît. C'est par hasard qu'il la retrouve dans un tribunal bien des années plus tard. En effet, le jeune homme a choisi d'étudier le droit et s'est spécialisé dans la question du jugement des anciens gardiens de camp de concentration, il assiste en tant qu'observateur à un de leurs procès et son ancienne amante est l'une des accusées.

Quand j'avais douze ou treize ans j'ai lu tout ce que j'ai pu trouver qui avait trait à la question des camps de concentration et tout ce qui va avec, je voulais essayer de comprendre le pourquoi de ceux qui ont fait ça. Au bout d'un ou deux ans, j'ai surtout lu des témoignages de victimes, et ça ne m'a rien appris du tout. J'ai fini par être écoeurée comme beaucoup de tout le misérabilisme et le voyeurisme qui est fait autour de la Shoah. En ce moment quand on cherche un gros méchant dans un film ou un jeu vidéo on met un nazi, je sature... D'ailleurs dans la version ciné de Shutter Island les mauvais souvenirs du flic sont dans des camps, et il ne me semble pas du tout qu'il était question de ça dans la version originelle, qu'importe. Que n'ai-je pas lu le Liseur plus tôt? Schlink pose la question de la honte des générations suivant celles de 39-45, et ose dire que les enfants ont peut-être juste transposé leur conflit générationnel dans la question juive en se rebellant pour une bonne raison. Je n'arrive pas à croire que personne ne se soit insurgé contre cette idée, bien que je la trouve intéressante. Le narrateur se pose la question de la culpabilité des bourreaux, pas des décideurs, mais des sous-fifres, qui ne faisaient que ce qu'on leur ordonnait. Prenaient-ils vraiment du plaisir à tuer, haïssaient-ils viscéralement les juifs? Evidemment on ne peut pas comparer ce qu'ils ont fait à un travail en usine. Mais à quel degré est plus coupable celui qui signait le papier pour envoyer un juif à la mort que celui qui tenait l'arme? Un livre qui pose les bonnes questions, sans larmoyer, sans crier trop fort. Sans toutefois y répondre tout à fait car il n'est pas là pour ça. Le liseur est avant tout une histoire d'amour. Hannah est un personnage infiniment complexe, une fois le livre terminé, on ne sait toujours pas quoi penser d'elle. Peut-on condamner et comprendre, condamner et pardonner? Je pense que oui. L'écriture de Schlink est très simple, très fluide, son roman se lit d'une traite, tout en faisant réfléchir. Ce n'est pas que je sache une histoire vraie, mais qu'importe elle en a le goût, c'est une histoire vraisemblable, possible. Un petit livre qui se substitue à tout ce que j'ai pu lire sur le sujet.

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