"Les livres sont plus forts que la vie."

Avis sur Le Livre des Baltimore

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Le pari était certainement difficile à relever. Comment reprendre le personnage qui a permis à La vérité sur l'Affaire Harry Québert d'être un succès ? Comment ne pas le dénaturer, l'humilier, le rendre ennuyeux? Bref, comment, comme Goldman auparavant, se retrouver devant une page blanche et commencer à faire glisser ses doigts sur le clavier pour composer un roman passionnant qui ne décevra pas le lecteur? Peu importe la réponse que Joël Dicker a trouvée, le résultat est là.

Dans ce nouveau roman, le narrateur, toujours omniscient, est donc Marcus Goldman lui-même. Encré dans le présent de 2012, il décide de raconter l'histoire de sa famille, de ses tante, oncle et cousins qu'il a admirés, nous dirons même "idolâtrés" depuis son enfance. Grâce à des flashbacks, Goldman nous présente cette famille qui est la sienne, mais bientôt, devient la nôtre. Son objectif est de raconter ce qu'il s'est passé ou ne s'est pas passé, d'expliquer la source du "Drame" qu'il mentionne sans jamais expliciter réellement (sauf durant le dénouement tant attendu, évidemment), de donner aux lecteurs toutes les pièces du puzzle pour comprendre réellement la situation. Oui, mais voilà: les pièces du puzzle, Marcus lui-même ne les possède pas dans leur totalité. N'est-ce pas ce qu'il se passe toujours, dans toutes les familles? N'avons-nous pas vécu la même chose et pourtant n'en gardons-nous pas un souvenir tout à fait différent? Le pouvoir des souvenirs, de l'impact des non-dits et des secrets restés enfouis peut-être trop longtemps font tous l'objet central du nouveau roman de Dicker. Les flashbacks, datés, permettent aux lecteurs de reprendre l'histoire de Marcus depuis le début, de comprendre ce qu'il s'est passé et comment cela s'est produit et de réaliser concrètement pourquoi Marcus est celui qu'il est désormais.

Car, après tout, il faut savoir d'où l'on vient pour comprendre où on va.

Cette histoire de famille, cette histoire dramatique, c'est également la mienne. La vôtre. Chaque personnage est attachant et extrêmement humain et malgré ses erreurs, le lecteur comprend l'importance du pardon et de l'empathie vis-à-vis de ceux que l'on n'a peut-être pas compris directement. Il arrivera que le lecteur décroche un sourire, laisse s'échapper un petit rire ou même verse une larme en lisant certains épisodes marquants de la vie de Goldman-De-Baltimore. Il arrivera que le lecteur se sente perdu, ne comprenne pas comment ces gens si heureux ont pu devenir si misérables à présent mais au final, comme toujours avec Dicker, tout est expliqué magistralement, simplement.

En choisissant une famille aussi particulière - car riche, ayant du succès, ayant vécu des situations peu habituelles - mais pourtant si commune - car nous sommes tous spéciaux d'une certaine façon et pourtant tous égaux, non? - Dicker permet à son bouquin de traiter de sujets qui touchent, qui interpellent, qui provoquent le lecteur et le font réagir, réfléchir: la famille et ses secrets, ses mensonges, ses non-dits et ses faux-semblants; l'argent et ce qu'il apporte de mieux mais aussi le pire qu'il puisse engendrer; la lutte vers son identité que chaque enfant, adolescent, jeune adulte, adulte même!, traverse, sans savoir comment s'en sortir vraiment et puis l'amour, le véritable ou celui que l'on pense véritable et solide, qu'il soit relationnel ou familial. L'amour, toujours cet amour sincère, frais, innocent, agréable qu'on aime lire et ressentir à travers le style d'écriture du jeune romancier suisse.

Quant à la forme du roman, que vous faut-il? Un auteur qui dépeindra son histoire en la remplissant de détails lourds, troublants, perturbants et qui vous perdra certainement en chemin? Non, bien sûr que non. Joël Dicker a compris l'essentiel de la littérature: lire, c'est se retrouver face à un auteur qui nous raconte une histoire et parvient à nous faire croire que tout est réel. Et c'est à nouveau réussi, haut la main. Certes, si vous êtes très normatifs ou si, comme moi, vos cours universitaires de littérature résonnent encore dans votre tête, il vous faudra laisser de côté l'aspect régulé qu'on se force à enseigner et à apprendre, car au fond, pour écrire des histoires, il ne faut qu'une chose : avoir une histoire à raconter. Joël Dicker en avait une et la voilà couchée sur papier, pour votre plus grand plaisir.

Un bémol cependant, tout à fait personnel et donc subjectif, qui explique le 8/10 sévère que je donne: l'explication/dénouement racontant le Drame mentionné tout au long du roman est présentée trop rapidement, un peu comme s'il fallait désormais s'en débarrasser. C'est bien dommage, une dizaine de pages en plus ne m'aurait pas dérangée, bien au contraire.

Une dernière remarque, mais pas des moindres : diplômée en littérature, amoureuse de bouquins, lectrice à temps plein, il m'est déjà arrivé d'aimer un livre au point de le relire ou bien de me sentir totalement impliquée dans l'action. Cependant, je n'ai jamais ris ou pleuré en lisant un même bouquin. Mais ça, c'était avant Le Livre des Baltimore.

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