Draguons, Dansons, Renaissons

Avis sur Le Trône de fer : L'Intégrale, tome 5

Avatar Naskor
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Je ne sais pas si j'aime Le Trône de Fer. Assez curieux, vu les notes que j'y ai mises, certes.

Tout se met en place avec une lenteur infinie. Les trois premiers tomes ont su m'emporter loin, me plonger dans un univers incroyablement vaste. Le quatrième a été une grosse déception, semblant rebrousser chemin et s'éparpiller partout.

Et en fait, ce cinquième tome, c'est quasiment pareil que le quatrième, mais avec les personnages principaux (en voilà une bonne d'idée).

C'est le tome où je me suis le plus demandé : pourquoi je m'accroche ? Pourquoi j'espère ? Vers où cela nous mène-t-il ?

Et pourtant, il est bien là, mon attachement à la saga A Song of Ice and Fire. Parce que Martin est quelqu'un qui sait distiller des tas de choses ultra intéressantes, même si elles me paraissent bien souvent du beurre étalé sur une trop grande tartine.

Ses obsessions sont les chapitres longs parcourus de descriptions profondément naturalistes, avec un attachement tout particulier pour les besoins naturels : baiser, manger, pisser, chier.

Mais à côté de ces aspects désespérément bas, on a également la récurrence du thème de la renaissance : les personnages, bons comme mauvais, sont tous logés à la même enseigne et confrontés à de profonds traumatismes qui les font reconsidérer toute leur vision de ce qui les entoure. La symbolique est d'autant plus forte avec des personnages comme Daenerys ou Cersei, qui se retrouvent, à trois tomes d'intervalle, nues et rasées, telles des foetus. Mais c'est tout autant le cas pour Jaime et son bras, Tyrion qui est forcé d'apprendre l'humilité, Arya qui est dans une quête spirituelle permanente, ne sachant plus quoi faire de tous les visages qu'elles a portés (le passage avec les masques de chair en est une brillante illustration).

Les dialogues sont parfois tout en subtilité (cf l'intrigue Tyrion), soit à l'inverse d'un style désespérément bas.

Cette saga, c'est des éclats de génie sur une toile floue et sombre, où l'on a du mal à se repérer.

J'attends, j'attends, j'attends que le maître donne enfin une véritable portée épique au travers de coups de pinceaux pleins de majesté. Mais j'ai peur. J'ai peur que toute cette attente n'aboutisse qu'à toujours plus, plus, plus d'intrigues et de personnages sans intérêt aucun...

Mais face à d'aussi vives émotions et développements de personnages qui me font oublier tout l'ennui et les appréhensions que je peux ressentir, comment m'arrêter là ? Cette saga est cruelle. L'un de mes plaisirs les plus paradoxaux.

Surtout que je lis lentement putain, 1100 pages ça s'étale sur un mois et demi de ma vie !

J'ai tellement envie que tout cela explose ! Tout est en place, c'est bon, ça y est, on peut tout déchaîner ! Déclenche les tempêtes d'épées, Martin, tu sais le faire, mais tu te retiens trop ! Fais nous jouir, lâche-toi !

C'est ce que je demande à cette putain de saga : arrêter de s'éterniser, s'envoler et tout brûler comme le font les dragons. La gestation est longue, mais ce qui en naîtra sera-t-il à la hauteur, ou juste un guerrier géant mort-né comme dans Nausicaa ?

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