Je ne m’attendais à rien, et je me suis pourtant laissée happer par ce petit roman oublié de Nikolaï Leskov. Le Paon, ce n’est pas un chef-d’œuvre au sens strict — on reste dans une forme modeste, presque mineure — mais c’est tout sauf insignifiant.
On y découvre une romance acide, cynique, presque cruelle, sur fond de Russie tsariste, avec ses orphelines trop naïves, ses mères manipulatrices et ses bourgeois engoncés dans les conventions. C’est bien écrit, subtilement ironique, avec ce ton typiquement russe, entre gravité morale et étrangeté mystique.
La descente aux enfers de l’héroïne — jeune orpheline sacrifiée sur l’autel du paraître — est implacable. On pense forcément aux Liaisons dangereuses, mais transposées à Saint-Pétersbourg, avec un soupçon de vodka dans le thé. L’analyse psychologique n’est jamais pesante, mais elle frappe juste : derrière le vernis, ce sont les jeux de pouvoir, le sacrifice des femmes et la fausse morale qui se jouent.
En somme, une lecture inattendue mais précieuse, pour celles et ceux que la littérature russe fascine dans ses marges, avec une acuité mordante qui mérite le détour.