J’ai découvert le Papillon de Siam à l’occasion de recherches sur le Cambodge et plus globalement sur le récit d’exploration/de voyage. La forme « Biographie romancée » m’intriguait, au delà de mon intérêt pour l’histoire d’Henri Mouhot ; et bien je n’ai pas été déçue du voyage !
Je n’ai pas encore reçu/lu la biographie écrite par Claudine Le Tourneur d’Ison au CNRS, a priori plus objective ; ainsi je ne sais pas quelle est la part de broderies dans le livre de Maxence Fermine mais je devine au moins dans la scène de rencontre (ou devrais-je dire de chasse) à Florence ce qui l’excite lui en tant qu’auteur (au masculin) : comme ses petits camarades, c’est conquérir des machins et collectionner des trucs. Posséder ce que dieu ou la nature a mis à leur disposition : des territoires, de l’argent ou des femmes (selon ses moyens et sa condition). Cette scène a le mérite de contenir tout ce que l’on a besoin de savoir pour la suite.
Le papillon de Siam n’est qu’un objet parmi d’autres aux yeux du véritable sujet de cette histoire et de toutes les autres : l’explorateur. Un homme, un sujet unique au milieu d’un monde d’objets divers.
Des papillons de Siam, il leur en faudra d’autres à ces hommes qui avalent les kms (ou les paragraphes) portés par un élan soit disant plus grand qu’eux, qu’on pourrait simplement appeler orgueil.
C’est Claude Levi Strauss qui rageait au début de Tristes Tropiques sur les contradictions de la condition d’explorateur :
C’est un métier, maintenant, que d’être explorateur ; métier qui consiste, non pas, comme on pourrait le croire, à découvrir au terme d’années studieuses des faits restés inconnus, mais à parcourir un nombre élevé de kilomètres et à rassembler des projections fixes ou animées, de préférence en couleurs, grâce à quoi on remplira une salle, plusieurs jours de suite, d’une foule d’auditeurs auxquels des platitudes et des banalités sembleront miraculeusement transmutées en révélations pour la seule raison qu’au lieu de les démarquer sur place, leur auteur les aura sanctifiées par un parcours de vingt mille kilomètres.
Attention, je n’ai rien, ou pas grand chose, contre les hommes qui découvrent ou redécouvrent des trucs (quoique).
C’est plus le récit qu’on en fait qui me questionne (et m’intéresse sincèrement). Ce qu’on se raconte de leurs motivations, et ce que cela dit de nous en tant qu’auteurs ou lecteurs, situés dans nos sociétés.
Moi le récit d’exploration, je découvre, je ne suis pas experte ; mais si j’en crois Levi-Strauss et Fermine, l’esprit Kaizen existe au moins depuis le 19e siècle. Quitte à fantasmer la vie d’un d’explorateur, était-il vraiment impossible en 2010 d’éviter cet écueil narratif ?