Toujours aussi bête, toujours aussi méchant ; toujours aussi grand.

Avis sur Les Démons

Avatar Raphy Strombolly
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Le versant de l'Idiot (littéralement : Dostoïevski pensait initialement Stavroguin et le Prince comme un seul et même personnage, avant de décider de les séparer et de leur dédier deux romans différents), Les Démons nous présente l'histoire de Lucifer descendu sur terre.

Dans les démons, Stavroguine, c'est un peu un ouf : le plus beau et le plus intelligent de tous, un être qui n'est que volonté (quand je pense à lui je pense toujours à T.E. Lawrence qui se brûle ses doigts sans broncher au début de Lawrence d'Arabie juste pour prouver que c'est un surhomme et tout). Il arrive dans une ville perdue de Russie, où tout le monde rêve de grandeur : par sa seule présence, il fait ressortir toute l'avidité de ceux qui l'entourent.

Alors que dans l'Idiot l'humanité est trop crasse pour se réformer et devenir véritablement bonne, ici, l'humanité est trop médiocre pour prétendre à quelque grandeur que ce soit (même une grandeur dans le mal et dans le vice). Tout le monde parle d'intrigue, d'assassinat, mais personne est foutu de faire quoi que ce soit d'intéressant. Le drame naît du fait que même Stavroguin se trouve gâché dans ce monde : au lieu d'être le futur Napoléon, il se contente de mener des vieux par le bout du nez et de tourmenter des jeunes filles. Durant un des passages les plus marrants du textes, il arrive à s'emmerder pendant un duel : il tire en l'air parce qu'il a la flemme de toucher son adversaire, au grand désarroi de ce dernier qui ne supporte pas cette moquerie.

Le lecteur, comme les personnages, attendent de grandes choses pour ce Stavroguin, attendent des révélations, de grands faits, des retournements de situation, mais au final, nous n'avons droit à rien de tout cela, et le roman se termine par une petite bouffonnerie, celle que nous méritons. C'est ça les démons, une grande supercherie, auto-dépréciatrice, auto-critique, qui baigne dans sa propre ironie. Ça en devient magnifique, presque touchant, hilarant en tout cas. Si vous avez aimé l'Idiot, je ne peux que recommander ce roman ; à mon avis, les deux sont indissociables et doivent impérativement être lus ensembles.

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