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Ce qui a d’abord retenu mon attention dans Les Hauts de Hurlevent, c’est l’atmosphère du lieu éponyme, que l’on découvre d’abord à travers la visite de Mr.Lockwood et le perturbant accueil qui lui est réservé. Ce nouveau locataire, qui souhaite simplement un nouveau départ loin de l’agitation de la ville, est un peu à l’image d’un lecteur mal avisé qui s’attendrait à lire une belle histoire d’amour en ouvrant Wuthering Heights.

Car le roman parle d’amour, oui, mais le genre d’amour tellement passionnel qu’il ne peut finir qu’en désastre. Il s’agit avant tout d’une tragédie dont les conséquences sont affichées clairement dans l’introduction du livre, et c’est le premier choc : l’ambiance inhospitalière et insoutenable qui se dégage de la demeure lorsque Lockwood, et le lecteur, y font leurs premiers pas.
C’est comme si des choses terribles s’y étaient passées, que les habitants avaient tous l’un pour l’autre une animosité à peine camouflée, un passé tumultueux qui avait laissé place au fil du temps à de la résignation. Comme si tout ce qu’il restait de cette histoire mouvementée était une sorte de stagnation malsaine dans laquelle les habitants se complaisent par dépit, non sans raviver de vieilles tensions par des commentaires froids et sarcastiques, quand il ne s’agit pas ouvertement d’insultes. L'hostilité du personnage d’Heathcliff y est même personnifiée par les chiens qui attaquent sauvagement le nouveau venu.

Mais on sent qu’il ne s’agit que des restes d’un conflit déjà achevé. Ce sentiment de calme après la tempête atteint son paroxysme lorsque le livre va jusqu’à nous montrer les fantômes qui hantent encore le lieu, incapables de trouver le repos.
Résultat : on meurt d’envie de comprendre quelle a pu être l’histoire de cette famille pour en arriver à une telle extrémité. C’est pour ça que je trouve l’introduction vraiment excellente, car elle accroche le lecteur de la meilleure des façons : par le mystère. Elle introduit au passage le ton, les thèmes, et les personnages avec brio. Mention spéciale au traitement de Catherine Earnshaw dans l’introduction, qui suggère déjà fortement son rôle central et qui commence à bâtir l’aura fascinante qui entoure ce personnage, sans même qu’elle ne soit présente.

Heureusement pour le lecteur en quête de réponses après cette rencontre intense avec Hurle-Vent, il y a dans la demeure de Thrushcross grange où réside le narrateur une servante assez bavarde et qui a côtoyé la famille Earnshaw depuis des décennies. C’est donc à travers son récit de servante à Hurle-Vent que se déroulera la majorité de la narration du roman. On touche là à deux petits défauts de l'œuvre. Premièrement, on évite pas le syndrôme de la narratrice qui, malgré qu’elle soit interne au récit, semble connaître par coeur les pensées et sentiments de tout le monde, ce qui est parfois un peu bizarre (j’insiste sur le “parfois”, car elle garde quand même sa subjectivité la plupart du temps). Deuxièmement, le gros de l’histoire est essentiellement un flashback, mais lorsque ce flashback contient un autre flashback raconté par un autre personnage, il peut parfois y avoir une légère confusion sur le narrateur à la frontière de ces récits imbriqués, et ce procédé n’est pas d’une subtilité folle.

Mais revenons-en à nos personnages. Car l’intrigue du roman repose sur ces derniers, la relation qu’ils entretiennent au quotidien, et les dynamiques qui motivent les sentiments qu’ont les uns pour les autres. Comprendre les relations entre les personnages sur l’intégralité de cette grande fresque s’étalant sur plusieurs décennies, voilà la clé pour essayer de cerner la situation très particulière exposée au début de l’histoire : on est toujours dans l’optique de “comment on a pu en arriver là?”. La réponse, c’est une histoire d’amour presque fusionnelle entre deux êtres, mise à mal par le monde qui les entoure. Et je n’emploie pas le terme “fusionnel” au hasard, tant le lien entre Catherine et Heathcliff semble transcender le concept même d’amour (Par exemple, Catherine comprend les sentiments d’Heathcliff au point d’affirmer au cours d’une tirade mélodramatique “Je suis Heathcliff”).
C’est lorsque cette relation est confrontée à la réalité sociale de la famille, et aux motivations des autres personnages que le drame commence. Et il pèsera sur tous les personnages, et ce sur plusieurs générations. Car dans Les Hauts de Hurlevent, l’amour est presque une malédiction, on en souffre physiquement, et on peut aller jusqu’à en mourir. Cette passion grandiloquente fera ressortir le pire de chaque personnage, créant une spirale de cruauté dévastatrice et impossible à stopper.

Un personnage se tient au centre de cette spirale, et il est impossible de parler de ce roman sans penser à lui : Heathcliff.

Heathcliff, personnage cruel, mauvais, qui a vécu l’enfer et va faire vivre l’enfer aux autres au nom d’une revanche insensée et absurde. Une majeure partie du roman est consacrée à ses manigances, et aux actes innommables qu’il va accomplir. Et pourtant, on se surprend à être pris d’empathie pour lui, lui et la souffrance perpétuelle qu’il semble ressentir. Comme on a assisté à son parcours, on serait parfois presque d’accord avec son mépris démesuré de la bourgeoisie, puis du monde entier. Tout ça est notamment matérialisé dans sa rivalité avec Edgar Linton, et c’est là que le talent de l’auteur pour écrire des personnages intervient : Edgar Linton est probablement le personnage le plus sain et équilibré de cette histoire, si on regardait l’histoire uniquement de son point de vue, on constaterait qu’il n’a pas fait grand chose pour mériter cette haine. Et pourtant, on comprend quand même Heathcliff et au fond, on partage un tout petit peu son mépris.

En résumé, Heathcliff est un personnage assez fascinant, et qui représente l’âme de Wuthering Heights. Ses interactions avec les autres personnages sont au centre de tout, mais je ne peux pas les disséquer plus en détail sans en gâcher la découverte. Le plus impressionnant, c’est que le livre nous laisse comprendre ce mystérieux personnage par nous même, notamment dans la deuxième partie du livre où l’on a pratiquement plus accès à son point de vue sur les choses. Cela rend d’autant plus marquant les quelques moments où il explique verbalement ce qu’il ressent, dans des tirades destinées à la narratrice qui semble être, quelque part, sa seule confidente et spectatrice de ses souffrances et tourments intérieurs. Pour finir, et je vais rester assez vague là dessus, la façon dont est conclue l’histoire d’Heathcliff m’a laissé bouche bée, et a solidifie la fascination que suscite ce personnage.

En définitive, une histoire souvent saluée pour être unique en son genre, et c’est vrai qu’elle ne laissera personne indifférente. Le côté mélodramatique, grandiloquent et extrême de l’écriture peut déplaire, mais celui qui se laissera happer par l’ambiance étrange des Hauts est à peu près sûr d’y trouver quelque chose d’intéressant.

(Et si vous avez aimé, lisez The House in Fata Morgana qui a plein de points commun avec Les Hauts de Hurlevent et qui est surtout INCROYABLE)

Onelik
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Écrit par

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