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Emily Bronte hurle, et ce n'est pas pour du vent

J'avoue que je m'attendais, avant de lire ce chef d'oeuvre, à me retrouver face à un truc un peu girly avec une histoire d'amour plus ou moins possible et un flot continu de sentiments vivaces... Que nenni !

Ce roman est, à l'inverse de ce cliché injuste, incroyablement sombre et torturé. C'est une tragédie familiale d'une force impressionnante. L'ambiance est pesante, les personnages positifs se font rares (on peut citer Hélène Dean), Emily Bronte révèle ce qu'il y a de plus sombre en l'homme, sa perversité, ses vices, son aliénation par les sentiments. Ce n'est pas un hasard si Georges Bataille consacre son premier chapitre (plutôt intéressant) de La Littérature et le Mal à ce roman. Vous qui ouvrez ce livre, abandonnez tout espoir ! On est à des années lumières du cliché fleur-bleue. La passion est destructrice, la passion rend un homme profondément mauvais. L'amour n'est pas vainqueur. Il y a quelque chose du roman gothique, comme un résidu.

On ne peut parler de ce livre sans parler du génial Heathcliff, personnage mystérieux et charismatique. Comment considérer ce personnage ? On l'aime, on l'adore, on le vénère et on le déteste, on le méprise, et on en a peur à la fois. Ce sentiment évolue de façon subtil tout au long du roman où l'on voit ce personnage pitoyable se transformer petit à petit en un monstre odieux. C'est un personnage fascinant, et je crois qu'il représente la plus grande réussite de ce roman.

Dans l'ensemble, tous les personnages sont traités avec profondeur. Le roman est très psychologique, et on se retrouve dans cette avalanche de sentiments différents, de rancoeur, d'espoir, de joie, de haine, de peur, de confiance... dévoilés avec une justesse incroyable, sans que Emily Bronte ait pour autant à trop en dire. Une vraie tension traverse tout le récit, participant ainsi à cette ambiance pesante. Et les personnages sont loin d'être stéréotypés, ils sont très complexes, ce qui participe au fait que l'on ait du mal à vraiment uniquement apprécier ou détester un personnage de bout en bout. Edgar Linton, par exemple, nous parait au début très antipathique, pitoyable à côté de Heathcliff, et pourtant il s'avère ensuite le meilleur des pères. On apprécie Hareton, puis on déteste cette grande brute épaisse sans cervelle soumise à son maître, pour finalement l'apprécier à nouveau et y trouver une sorte d'espoir, à l'inverse de Linton Heathcliff (ce que Heathcliff explique à un moment donné avec brio) qui, lui, présentait d'abord un certain espoir avant d'apparaître comme un être abject et pitoyable au plus haut point.

Bref, une très bonne surprise. Un roman prenant dont il est difficile de croire qu'il est l'oeuvre d'une jeune fille qui vivait recluse tant il est juste, tant il semble vrai de par son analyse et sa démonstration des rapports humains. Incroyable imagination !
King-Jo
9
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