C.S. Lewis est passé du côté obscur.

Avis sur Les Magiciens

Avatar Kikidmakak
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Un livre fabuleux qui vaut la peine d'être lu. Les gens ont tort de le présenter comme un joyeux conte de fées, un Harry Potter pour les adultes (le cadre de l'école de magie aidant, je suppose), car c'est tout le contraire: ce livre est bien plus obscur qu'il n'y paraît au premier abord. Je ne parle pas de la forme, je vous parle du fond, du message que véhicule l'auteur, car il y a bel et bien un message, un message qui nous emplit les veines à chaque page tournée, et c'est bien cela qui peut vous faire penser à un conte.
Je parle de la nécessité de quitter la réalité, de se donner des artifices, de réaliser ses rêves les plus fous, c'est un besoin qui coule dans notre corps et fait bouillir notre cerveau. Fuir une réalité qui nous rattrape, toujours plus dure, c'est la fatalité qui poursuit les personnages étonnamment humains de ce livre. Un conte de fée? Effectivement, il y a de la magie, une bande de potes qui atterrissent dans un monde magique (très largement inspiré, et parodique, du Narnia de C.S. Lewis), mais les évènements, les fondements du bouquin sont bien plus sombres. Un conte de fée? Un conte de fée du côté obscur de la magie.

Ici, nos héros sont des surdoués inadaptés à leur monde désespérément ennuyeux, pas à la hauteur de leur talent, et qui se découvrent un don magique pouvant enfin apporter la lumière dans leur existence. Mais au lieu de cela? La drogue, le sexe, la violence aussi parfois, et les souvenirs volés, la nostalgie des semaines passées, toujours, malgré ce pouvoir qu'ils possèdent, cette obstination à vouloir rendre le monde un peu moins tangible.
Ici, la magie n'aide pas les héros, ici, la magie n'est qu'un élément de plus à leur quotidien. Ici, la magie c'est aussi simple et horrible qu'aller au boulot le matin, en faisant la même tête, en pensant la même chose. Ici, les héros ne vivent pas d'incroyables aventures, ils passent leur vie à les chercher sans jamais les trouver, et doivent apprendre à faire avec.

Pour finalement s'entredéchirer, s'assombrir, de plus en plus, page après page, brûler leur part d'humanité, et voir leurs ridicules artifices d'illusion ronger leur corps et leur esprit tout entiers.
Pour finalement, devoir résister au terrible choc final, là où, alors que je voyais dans ce livre une suite de péripéties décousues, sans rapport entre elles, s'installe l'ultime révélation qui donne tout son sens au livre... Et à son héros.

Un roman bouleversant, lisez-le. Franchement, lisez-le.
Peut-être vous paraitra-t-il cliché, peut-être vous paraitra-t-il déconstruit, tâtonnant, mais il n'en est rien. Lisez-le jusqu'au bout, et pendant une semain vous ne lirez plus rien d'autre tant vous vous sentirez orphelin...

Edit: petit edit pour signaler aux détracteurs que la dépravation des héros est loin d'être un argument de vente ou un pilier du livre. Ce sont des jeunes adultes qui vivent des expériences folles et malsaines pour échapper à leur mal-être. Ensuite penser que Grossman nous ressert des éléments commerciaux est faux, à mon sens.
Je ne pense pas qu'il faille lire ce livre comme on lirait le TdFer ou Bartiméus (que j'adore, hein). Ne cherchez pas l'intérêt de ce livre dans un scénario qui contiendra des rebondissements, des combats, des amours... Avant, que je croyais que je pouvais devenir écrivain, c'est le genre de bouquin que je voulait écrire: un bouquin qui marque son lecteur non pas parce que l'histoire le passionne (j'ai pas été emballé au début je l'avoue...) mais parce qu'il sent que l'auteur en a vécu une part, au fond de lui-même.
Lev Grossman a écrit un de ces romans rares, de ces romans qui ne parlent qu'à ceux qui les comprennent... Pas étonnant que les avis soient partagés! smile

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