C’est un road trip qui commence sous de drôles d’auspices : il n’est absolument pas question de vacances pour Betty et Martha, mais d’un aller-retour en Suisse pour accompagner le père de cette dernière, Kurt, dans la clinique où il a choisi de mourir. Sauf que, à bord de la vieille Golf de Kurt, les deux amies vont s’embarquer dans un périple imprévu qui, de la Suisse aux îles grecques en passant par l’Italie, les conduira à renouer, chacune à leur manière, avec des figures paternelles qui ont trop souvent été aux abonnés absents.
Les héroïnes de Lucy Fricke ressemblent à celles de Sally Rooney avec vingt ans de plus : elles ont le même regard sans illusion sur la vie, qui n’est pas tout à fait du cynisme mais une manière de cultiver et de chérir ce que l’échec peut avoir de comique, même quand on atteint le creux de la vague. A elles deux, Betty et Martha sont suffisamment attachantes pour qu’on ait envie d’aller jusqu’au bout du monde avec elles. Lucy Fricke y ajoute un sens du rebondissement qui frise parfois l’absurde mais ne manque jamais de panache. C’est vif, touchant, ça alterne allègrement coups de massue et grosses vannes : une bonne lecture pour un après-midi d’automne.