Les mémoires d'une philosophe féministe

Avis sur Mémoires, tome I

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Simone de Beauvoir, philosophe, enseignante, puis auteure, a écrit une série de récits constituant ses mémoires, regroupés dans un coffret en deux tomes. Je vous livre ce que j'ai pensé de chaque livre qui en compose le premier volume, la date de présentation et la note attribuée sur le site Critiques libres, sous le pseudonyme de Veneziano, avec un maximum de cinq étoiles

Les Mémoires d'une jeune fille rangée, critiqué le 27 décembre 2018 ****
Simone de Beauvoir se souvient bien, et avec précision d'avoir vécu des moments heureux dans sa jeunesse et son milieu familial, mais ce dernier l'a fortement corsetée dans un monde pétri de certitudes et dogmes indépassables dont elle a voulu s'ouvrir. C'est ce qui l'a poussée à suivre des études longues, enseigner et forger sa carrière par elle-même. Elle opta pour la philosophie, tenta l'entrée à l'Ecole normale supérieure et lutta contre ses propres forces de conformisme et de pudibonderie dont elle a connu du mal à se défaire.
Ces mémoires de jeunesse lui permettent de retracer, avec moult détails, probablement excessifs, une enfance cossue, mais sans excès de luxe, un entourage certes aimant mails réduisant souvent à un carcan. Le conservatisme de son père l'a encouragée à évoluer et chercher une voie plus juste. De ce monde à part, daté et désuet, il est donc possible d'en comprendre beaucoup de choses.

La Force de l'âge, critiqué le 1er janvier 2019 ****
Simone de Beauvoir s'assied professionnellement et intellectuellement. Elle enseigne, s'épanouit, et se met donc en concubinage avec Jean-Paul Sartre dans un couple ouvert, y compris au triolisme, notamment avec Olga. Ils connaissent la guerre, l'occupation, les privations, tentent de vivre aisément et de se divertir malgré les circonstances. Sartre fait son service militaire, la conjoncture les éloigne et ne contribue pas à la souder en couple installé, ce qu'ils refuseront toujours, préférant la liberté et la libre conscience, tout en reniant le confort facile. Cette union, tant intellectuelle que physique, se cristallise. Ils discutent de leurs projets littéraires et philosophiques, pour créer entre eux une saine émulation.
Ces mémoires font mieux comprendre le schéma de fonctionnement de cette intellectuelle et de sa conception de la vie privée. C'est intéressant, d'autant que son féminisme s'affirme.

La Force des choses, critiqué le 5 janvier 2019 *
Simone de Beauvoir livre son expérience de son engagement actif dans le féminisme et l'humanisme de l'ultra-gauche, en compagnie de Sartre, qu'elle accompagne dans ses déplacements, à Cuba et au Brésil, notamment, afin d'accompagner les luttes sociales en présence, de se confronter aux inégalités bien plus fortes encore qu'en France. Les deux intellectuels en couple libre échangent de manière croisée sur leurs projets d'écriture et de publication, sans concession et avec complicité. Cela présente un grand intérêt, comme le fond de leurs engagement. Il reste toutefois navrant, voire choquant, que ces deux philosophes montrent tant d'appréhension envers celles et ceux qui ne partagent pas leurs opinions, attitude qui tend souvent à une forme de sectarisme. Il est vrai qu'ils se placent au temps de la guerre froide et des heures de gloire du Parti communiste français (PCF) dont ils sont proches, mais cela laisse songeur. Le livre reste toutefois porteur d'intérêt.

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