Le geeksplaining à son paroxysme

Avis sur Player One

Avatar DonPascualino
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J'ai eu une relation d'amour-haine marquée avec ce bouquin et j'ai eu de la peine à me faire un avis tranché dessus. Autant, il peut proposer de rares moments forts qui m'ont scotché à ses pages, autant il a des tares sur lesquelles il est difficile de faire l'impasse et qui m'ont profondément gêné.

Dans l'ensemble j'ai plutôt apprécié suivre les aventures de Parzival (sinon, je ne serais pas allé au bout du livre) mais je suis surtout frustré que l'auteur ne soit pas parvenu à libérer tout le potentiel de ce roman. A trop vouloir satisfaire son avidité de geek-porn, Cline en oublie souvent de travailler la personnalité de ses protagonistes (attachants mais ultra-plats et clichés) d'une part, et de mettre en avant des thèmes qui auraient mérité plus d'attention d'autre part. La majeure partie de ces 400 pages consiste non pas en une progression de l'intrigue - lente comme un jour sans pain et hyper-prévisible - mais en des descriptions longues et pénibles de choses dont le lecteur n'aura souvent rien à secouer, tout ça servant d'excuse pour placer un maximum de références. Sans parler de l'incohérence grossière qui veut qu'en 2040 les gens ne s'intéressent qu'aux productions artistiques des années 80, comme si les soixante ans de musique, films et séries qui ont suivi n'avaient jamais existé, l'auteur ne s'est-il jamais rendu compte qu'on s'en fichait de savoir précisément toutes les dix lignes (littéralement) de quelle obscure série TV provient telle ou telle de ses références ? Il y a littéralement dix références à la pop-culture par page et absolument aucune n'est apportée avec la moindre once de subtilité ! La narration ressemble un peu trop souvent à ceci :

Machin contrôlait un robot géant. C'était à l'identique le robot de l'épisode 13 de la saison 5 de ROBOTROUDUC, une série créée par Jean-Michel Balek en 1979 et dont j'avais vu les 10 saisons une centaine de fois ! Wow.

Oui, parce que le héros a beau vivre dans un monde post-apocalyptique où la pauvreté l'empêche de se nourrir convenablement, il a quand même eu le temps d'apprendre par cœur tous les films et toutes les séries sortis entre 1975 et 1990... Ah, et il est trop pauvre pour se nourrir correctement mais il est en surpoids, pour que les fat-nerd puissent s'identifier à lui. Des incohérences comme celle-ci, il y en a à la pelle, accompagnées par une bonne série de Deus Ex Machina prévisibles et peu recherchés.

Les problèmes de Cline sont certainement des problèmes de jeunesse car ce livre est sa première œuvre mais ils ne sont pas faciles à surmonter. Cet auteur se montre incapable d'aller à l'essentiel ; il se perd en détails inutiles et c'est ce qui m'a le plus gêné. Le livre aurait gagné à compter 100-150 pagesde moins, si Cline avait fait plus d'efforts sur son intrigue et ses personnages, et moins sur ce que je pourrais qualifier de 'geeksplaining', comme quand il passe une page et demie à nous détailler quelque chose sans la moindre pertinence et qui pourrait très bien se résumer en une ou deux phrases. Difficile à conseiller et à lire en connaissance de cause et ne pas hésiter à sauter des passages entiers pour éviter l'ahurissement total.

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