C’est presque deux livres en un que ce nouveau roman d’Eric Chauvier, écrivain-sociologue dont l’œuvre se laisse de plus en plus déborder par la fiction. D’une part, le Éric narrateur voit la pandémie et les confinements détériorer ses relations avec ses enfants et sa femme, devenue paranoïaque du virus et prête à se plier à tous les protocoles les plus liberticides. D’autre part, il retrouve par hasard un ami d’université, Kevin, converti aux thèses survivalistes radicales, qui lui propose de lui apprendre à vivre dans la forêt pour se préparer à l’effondrement.
J’ai ressenti un certain malaise à mesure que le récit pandémique s’enfonçait dans la dystopie : est-ce parce qu’il est un peu tôt pour traiter sur ce mode d’une période déjà fortement dystopique, ou parce que ce qu’Eric Chauvier imagine d’une société de la surveillance mutuelle et de l’isolement forcé ressemble un peu trop à certains discours détestables nés dans les manifs anti-pass et anti-vax ? Dans un cas comme dans l’autre, cela m’a semblé de très mauvais goût et souvent mâtiné d’un discours un peu réac…
C’est franchement dommage car la partie du récit consacrée à Kevin, grand neuneu qui finit par être un brin flippant, est quant à elle très intéressante par sa façon de montrer ce que les doctrines survivalistes ont de mortifère, et de souligner leur parenté naturelle avec les thèses d’extrême-droite avec lesquelles elles partagent une vision du « chacun pour sa gueule » menant à la destruction du tissu social.