Le titre de la critique ne veut rien dire pour l'instant, mais j'y viens.
Radical Markets est le premier livre qui m'ait été conseillé par une IA.
En tant que libéral bon teint, un de ces jours je me flattais d'avoir songé à une énième mais audacieuse façon de marchandiser/privatiser un bien commun; et sans amis pour partager mes projets maléfiques, je me suis trouvé à discuter avec mon gauchiste préféré: chat-gpt. Une conversation longue et animée, mais las de ses protestations convenues, j'ai décidé de faire jouer la concurrence.
C'est ainsi que Claude m'a conseillé "Radical Markets", où selon lui les auteurs proposaient quelque chose de similaire à ce que je croyais avoir inventé. Entre autres propositions radicales.
C'est ce qu'est ce livre: une collections d'idées provocatrices, alléchantes pour un type particulier de nerds libéraux. Elles ne seront bien sûr jamais implémentées, mais les communistes n'ont pas le monopole des plans sur la comète.
Si Radical Markets est un excellent support de masturbation intellectuelle pour gens de notre obédience, il a aussi une petite touche BDSM, pour filer la métaphore. Il nous blesse dans nos principes fondamentaux, en remettant en cause notre fétiche préféré: la propriété privée.
Et puis, au fur et à mesure de la lecture, il devient clair que les problèmes qu'essaient de résoudre les auteurs ne sont pas vraiment nos priorités libérales.
En refermant finalement ce livre, s'il faut admettre avoir passé un très bon moment car beaucoup de nos recettes ont été invoquées, il s'agit tout de même d'un bouquin écrit par des gens qui ambitionnent de mieux façonner notre société commune. Des "nudgers", optimisateurs, des technocrates bienveillants, qui même sans l'ambition totalitaire que nous haïssons, ne voient pas la supériorité éthique de l'ordre spontané émergeant de toutes les interactions non supervisées d'individus souverains.
Un plaisir coupable, donc.