Remington
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Remington

livre de Baptiste Gourden (2019)

Le vrai le faux Le laid le beau Le dur le mou

On est dans un road trip américain (à la française), entre un vieil homme attachant, et une jeune fille révoltée. Ce que j’ai aimé, c’est qu’il n’y a aucun (aucun !) manichéisme. Même Fédor rencontre Remignton en lui proposant une relation tarifée (ah lala le bel euphémisme…). Et pourtant… On s’attache par la suite vraiment à lui. Avec Remington, ils forment une équipe de bras cassés : « Je suis si lâche que mon sexe fuit les femmes. Je suis un déserteur, un pauvre fantassin au fond d’une tranchée perdue où personne ne le retrouvera. Je fais le mort. Je fais le mort depuis que je suis né. »


À vrai dire, c’est peut-être justement à cause de son impuissance (il va vers elle pour essayer d’y mettre un terme) qu’on le trouve si humain. Comme si cette virilité que son propre corps lui retire en faisait quelqu’un de bien. Car à part lui, c’est un livre désespéré sur le genre humain, les hommes plus particulièrement. Ils sont réduits à leur corps, à leur sexe. Plein de trompes différentes nous assaillent, comme l’héroïne. Inoffensives, bénignes. On est dans la chanson de Pierre Perret, puis la mélodie se grippe pour être dans un autre registre. Le ridicule devient menace. Et cependant, dans ce défilé de chair, j’y vois aussi le froissement des corps, l’effritement des sens. Un « avec le temps, va tout s’en va » mélancolique où ce qui reste dans une vie se compte sur les doigts d’une main. Puis plus rien.


Alors, on pourrait penser que c’est à se tirer une balle. Mais c’est aussi une ode au hasard et aux rencontres. À ce que la vie nous réserve. Comment l’inconnu devient familier, puis proche. C’est la fragilité et la violence à la fois. J’ai aimé ce livre, j’ai trouvé toutefois qu’il manquait parfois de complétude (on passe trop rapidement sur certaines scènes, on sent la beauté des mots, mais quelquefois, c’est comme un vernis qui empêche de trop structurer/d’enrichir le récit.) Quoiqu’il en soit, j’ai lâché de bonnes grosses larmes à la fin, et rien que pour ça vous devriez le lire.

YasminaBehagle
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Créée

le 4 nov. 2021

Critique lue 64 fois

YasminaBehagle

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