Marie, dite Rose-d’Amour, est une jeune ouvrière surnommée ainsi par malice par ses camarades car, enfant, elle était physiquement plutôt quelconque. Toutefois, son peu de joliesse et surtout sa joie communicative lui valent, adolescente, l’amour de Bernard, son voisin. Bien que la jeune fille n’ait pas un sou de dot, les parents des jeunes gens voient cette union d’un œil favorable. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si Bernard ne devait pas sept ans de service militaire à son pays.


Séparés avant d’être mariés - mais ayant quelque peu outrepassé la pudique réserve qu’on attend de fiancés à cette époque -, Rose-d’Amour et Bernard échangent un serment d’amour éternel et de leur précoce idylle naît neuf mois plus tard une petite fille. L’existence de Rose-d’Amour bascule alors dans une période fort sombre. Calomniée et traitée en fille perdue par les villageois et sa propre famille, la jeune femme lutte pour préserver sa vertu et subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de son enfant. Avec un courage que n’aurait pas renié la Mlle Fantine de Victor Hugo, Rose-d’Amour reste fidèle malgré les épreuves à son serment d’amour et touche au désespoir lorsque Bernard, de retour au pays après des années d’absence, prête l’oreille aux rumeurs et se détourne d'elle…


Publiée en 1889, « Rose-d’Amour » dépeint un drame social qui touche au naturalisme déclinant de la période. L’héroïne – qui est aussi la narratrice – décrit avec une objectivité qui l’honore les faits marquants de sa jeune existence et convainc le lecteur par sa simplicité et son honnêteté, sans pour autant tomber dans le pathos d’une héroïne de Dumas, ce que je trouve personnellement plutôt rafraîchissant.


Une fois de plus nous sont révélées par la littérature la cruauté des hommes et des femmes, et leur férocité envers leur victime, souffre-douleur de la communauté. Avec quelle facilité la réputation d’un être pouvait être entachée, marquant sa destinée de l’injustice des hommes ! Les choses ont-elles d'ailleurs tant changé de nos jours ?


De ce roman qui traite avec naturel de notre humanité, je retiendrai ce poignant portrait de femme et l’étonnante capacité d’un écrivain du 19ème siècle à retranscrire les sentiments d’une femme modeste. Avec finesse, Alfred Assollant perce les raisonnements féminins et observe le comportement de ses contemporains avec un œil lucide et critique.

Créée

le 1 oct. 2016

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Gwen21

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