Conversation imaginaire, sur un banc public qui ne l’est pas moins.

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Conversation imaginaire, sur un banc public qui ne l’est pas moins.

Lui : Alors ?
Pr Y : Tu veux la vérité ?
Lui : Je vais me faire aveugler, la vérité…
Pr Y : Ouais, ouais… La vérité, c’est que tu te fous de la gueule du monde. La Sirène Rouge était un bon polar, j’ai lu trois fois les Racines du Mal, t’avais trouvé un truc sympa, sur ce coup là…
Lui : Babylon Bab…
Pr Y : Déjà pesant, un peu lourdingue. Compliqué par plaisir. De la mousse. De la mousse lourde. Passable, quoi. Comme des relents mais à l’envers.
(sourire)
Lui : Quand-même, j’ai essayé…
Pr Y : Oui, t’as essayé et après Villa Vortex, j’ai décroché. On sentait que tu savais plus où aller… Le polar, la SF, le style… N’est pas Beckett qui veut… Et puis ton coup du crypto-réac-je-ne-sais-quoi-mais-Dieu-m’anime… Même Ferdinand s’est planté avec ses pamphlets… Alors ton journal métaphysique… Merde, t’as pas fini de te croire plus fort que tout le monde ? Dynamiter la littérature, c’est pas donné au premier venu. Faut du travail… Faut mettre sa peau sur la table… Suffit pas de se défoncer la tronche, d’user deux ou trois références jusqu’au trou et de n’employer que des mots que personne ne connaît. Et puis tu fous quoi avec tes éditeurs ?
Lui : David…
Pr Y : Je ne veux pas le savoir, c’est sordide. Quel qu’en soit le but réel. Sordide.
Lui : Mais c’est mon plus grand roman !
Pr Y : Ben t’aurais mieux fait de le garder pour tes vieux jours. Tes anciens personnages, Toorop, Darquandier, Alice… Des images d’Epinal… des caricatures… des non-intelligences artificielles. Tiens, t’as inventé un truc. Tu me diras, à côté des autres zombies tout droit sortis des Google-news… Tes Branson, Muse, Allen et consort… Mais personne ne peux y croire tellement ils sont vides… Et puis il se passe rien, dans ton ours. Pour raconter la fuite de tes über-mensch, leur association à ce Las Vegas des étoiles… Putain, j’ai pas pu passer la page 370 tellement c’est creux et chiant. Garni d’énumérations inutiles. Le catalogue Manufrance d’un futur aussi raté que le nôtre. Y’en a plus de 500, des pages. Pour un bouquin qui a l’envergure d’un roman de gare en période maigre, ça fait beaucoup.
Lui : T’es dur.
Pr Y : J’ai les boules. Et puis tes clins d’œil… Mais tes clins d’œil…
Lui : Des références…
Pr Y : Naaaannn… Des références, soit tu mets une note de bas de page, soit tu es subtil. Un roman, tu sais ? Tu laisses deviner ton lecteur. Tu le laisses respirer, réfléchir, chercher… vivre… Quand tu écris « special dedicace Brian Eno » en parlant des stratégies obliques, franchement, j’ai l’impression que tu me prends pour un con. Surtout que tu t’échines toujours à avoir ce ton docte, sérieux, nietzschéen… Enfin bon, on va pas tirer sur l’ambulance, hein… T’as fait une grosse bouse, ça arrive à tout le monde. Mais de grâce, Maurice, arrête de crier sur tous les toits que c’est ton chef d’œuvre. Ça va finir par te suivre…

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