"Soif" d'Amélie Nothomb : et le miracle a eu lieu !

Avis sur Soif

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2019 ne fera pas exception : Amélie Nothomb est revenue en période de rentrée littéraire avec son nouveau roman, Soif, encore et toujours publié chez Albin Michel. L’occasion d’assister à la lente perte de vitesse de la Dame au chapeau entamée depuis plusieurs années ? Rien n’est sûr… Découvrez la critique Lettres it be !

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« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

L’avis de Lettres it be

Après Les Prénoms épicènes (2018), Frappe-toi le cœur (2017) ou encore Riquet à la houppe (2017), les dernières digues avaient cédé : Amélie Nothomb s’essouffle. Ses derniers romans ne laissaient que trop rarement transparaître du positif, sa productivité à raison d’un roman par rentrée littéraire commençait à laisser des traces même dans l’esprit de ses plus fervents défenseurs. À peine le temps de ravaler sa colère que Soif, la cuvée 2019, s’annonçait à l’horizon. Des critiques dithyrambiques, des nominations dans les plus grands prix littéraires de l’Hexagone Goncourt compris… L’annonce d’un grand retour ?

Autant ne pas y aller par quatre chemins : pour son nouveau livre, Amélie Nothomb se met dans la tête de nul autre que Jésus-Christ himself. Ses derniers jours, son ressentiment quant à l’approche de la fin, ses dernières pensées, ses regrets, ses sensations et ses sentiments… Autant ne (toujours) pas aller par quatre chemins : cette plongée historico-biographique, au-delà de l’insondable quantité de gonade nécessaire, est une immense (et surprenante) réussite !

« En vérité, j’ai eu pour les deux crucifiés un élan fraternel, pour la simple raison que j’allais bientôt vivre leur supplice. On inventera un jour l’expression « discrimination positive » pour suggérer ce qui aurait pu être mon attitude avec celui qu’on appellera le bon larron. Je n’ai pas d’opinion sur la question, je sais seulement que ces deux hommes m’ont ému chacun à sa manière. Car si j’ai aimé ce qu’a dit le bon larron, j’ai aimé aussi la fierté du mauvais, qui n’était d’ailleurs pas mauvais, je ne vois pas ce qu’il y a de si grave à voler du pain, et je comprends qu’on n’ait pas de remords en une telle situation. »

Il est de retour de Timur Vermes, Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey… Avec Soif, Amélie Nothomb s’inscrit dans la ligne de ces gladiateurs des lettres qui ont voulu rejouer le match, imaginer ce qui aurait pu ou ce qui aurait dû. Loin de se contenter d’une simple retranscription factuelle et biblique, Amélie Nothomb tape plus fort et pousse les curseurs : ça parle de happy few, ça se moque de la fausse compassion, ça parle de ces citoyens qui non contents d’assister aux miracles en veulent toujours plus… C’est Jésus en 2019 qu’Amélie Nothomb dépeint en arrière-plan, et c’est délicieusement malin.

Il est l’heure, avec un plaisir non dissimulé, d’adresser un véritable mea culpa à Amélie Nothomb. Proie facile parce qu’enviée, proie facile parce que sous les projecteurs de longue date, Amélie Nothomb montre, comme ce fut le cas avec ses premiers livres, l’auteure qu’elle est. Et ce n’est rien de dire à quel point on aime se tromper et voir nos critiques s’effondrer lamentablement quand la belle littérature reprend ses droits de la sorte.

Retrouvez la chronique en intégralité sur le site de Lettres it be : https://www.lettres-it-be.fr/critiques-de-romans/auteurs-de-k-%C3%A0-o/soif-d-am%C3%A9lie-nothomb/

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