Le livre sur Sparte de Nicolas RICHER suit un double découpage, thématique et chronologique, finement réalisé, même si cela amène l’auteur à se répéter quelques fois, mais l’espacement des chapitres transforme ces redites en piqures de rappel bienvenues.
L’ouvrage explore donc l’organisation et le fonctionnement de la cité antique de Sparte, de ses obscures origines de l’époque archaïque, jusqu’à son abaissement définitif subit lors de la domination macédonienne.
L’auteur revient particulièrement sur le modèle spartiate, connu de tous, le détaillant point par point, avant de se concentrer à la fin sur les conflits menés par les Laconiens, où la qualité militaire unique des Spartiates s'est illustrée sur tous les champs de bataille.
En effet, du fait de leur conquête longue et difficile de la Messénie à l’époque archaïque, les Spartiates développent naturellement un système politique leur permettant de conserver ce vaste territoire, sur lequel travaille une population servile bien plus nombreuse que les citoyens spartiates. De fait, les citoyens se consacrent uniquement à leur formation militaire et à la gestion politique de la cité, pour gérer un empire constitué d’hilotes soumis et de périèques libres mais à l’écart des décisions politiques générales. Tout le reste découle de ce tableau.
Les Spartiates, experts militaires, s’imposent rapidement comme référence en la matière dans toute la Grèce, si bien qu’ils prennent la tête de la coalition grecque lors de la Deuxième Guerre Médique. S’en suit la rivalité légendaire avec Athènes, supérieure en mer, lors du la Guerre du Péloponnèse, remportée par Sparte grâce à une quasi bataille navale (Lysandre laissant croire à la flotte athénienne qu’il n’attaquerait pas, pour mieux surprendre celle-ci lorsqu’elle mit ses navires au sec sur le rivage, se faisant ainsi complètement anéantir).
L’Hégémonie qui tend les bras aux Spartiates après tant d’effort sera cependant difficile à maintenir, à cause de la volonté politique des autres cités, notamment Thèbes, mais surtout à cause de l’oliganthropie spartiate. En effet, les Spartiates, devant garder sous contrôle une immense population asservie (mais se rebellant en plusieurs occasions), ont de plus en plus de mal à réaliser leurs missions à cause de la diminution du corps de citoyens. Les causes sont multiples (refus d’ouvrir le corps de citoyens aux périèques, morts lors des guerres, tremblement de terre, appauvrissement…) mais irréversibles.
Ainsi, Sparte finit par définitivement perdre sa puissance prépondérante face à Thèbes, lors de la catastrophique défaite de Leuctres (-371), où meurent 400 Spartiates, ne laissant plus que 1000 citoyens encore en vie… (Ils étaient 8000 un siècle plus tôt).
Le reste n’est qu’une descente aux enfers lors de l’émergence de la puissante Macédoine, qui enterre définitivement les espoirs de renouveau spartiate.
Le livre, dont le sous-titre est « cité des arts, des armes et des lois », abordera à chaque chapitre les sources législatives à l’origine de la spécificité spartiate, aux évolutions souvent difficiles à cause du conservatisme de la cité. Il évoque aussi, photos à l’appui, les œuvres artistiques qui font échos aux grands évènements et aux pratiques de la cité.
Nicolas Richer consacre aussi une grande partie de ses développements aux questions historiographiques, en comparant les différentes sources antiques pour essayer d’établir la version la plus plausible. Si l’effort est essentiel sur Lycurgue, dont l’existence même peut être remise en question, il est souvent trop lourd et académique sur de nombreux sujets, coupant complètement le récit pour des questions parfois très anecdotiques.
De plus, à cette lourdeur historiographique s’ajoute une plume moyenne, avec un style ampoulé et des phrases à rallonge, surtout en première partie.
Il demeure que Sparte est essentiellement admirée pour sa formation militaire légendaire ainsi que pour son système politique d’apparence égalitaire, que l'auteur explicite bien. Par exemple à propos de la Cryptie, où les Spartiates entre 21 et 30 ans devaient se débrouiller seul, armés seulement d’un poignard, et pouvaient notamment assassiner des Hilotes pour maintenir la terreur chez cette population asservie, contre laquelle les Ephores déclaraient chaque année la guerre.
En conclusion, Nicolas Richer livre un ouvrage complet sur la cité de Sparte, de sa fondation à sa chute face à la Macédoine, même si la plume de l’auteur gagnerait à être plus synthétique et à mieux intégrer les questions historiographiques.