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Tous les hommes n'habitent pas le monde de la... par François CONSTANT

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En 2016, j’ai eu, une première expérience de lecture d’un Jean-Paul Dubois, « La succession ». Je pressentais alors être passé à côté tant j’avais trouvé des richesses de style chez cet auteur sans pour autant m’être sentis à l’aise avec le fond. Comme toujours, quand une première expérience avec un auteur ne me semble pas satisfaisante, je me promets de découvrir un second ouvrage qui, deviendra deuxième d’une nouvelle série si je rentre dans le livre et me rends capable de l’apprécier. Même sans tout aimer, il doit m’interpeller et me parler d’humanité.

J’ai pris le temps pour choisir un nouveau titre, j’ai attendu une envie et avec « Tout le monde n’habite pas le monde de la même façon » sorti en août 2019, j’ai été comblé !

Le style de l’auteur, incisif, drôle souvent, efficace toujours, m’a, dès les premières pages, embarqué dans une aventure – des aventures – humaines. Je les ai trouvées plaisantes à lire, reposant sur des personnages parfois caricaturés de manières excessives, diront certains, mais toujours campés sur des valeurs, des moteurs de vie qu’on aime ou désapprouve, réfute ou envie… Jamais les personnages de Jean-Paul Dubois ne m’ont laissé indifférent. Comment être insensible à ce duo Paul Hansen et Horton, Hell’s Angel incarcérés pour partager 6m² ? Comment être de marbre devant une pièce d’homme, armoire à glace, dur des durs qui tombe dans les pommes à la moindre coupe de cheveux ? Et que dire du père pasteur qui depuis longtemps a perdu la foi mais joue l’or des objets de culte au casino ? Et la femme du pasteur, militante féministe qui revendique – et réalise- des programmations sulfureuses dans son cinéma d’essais…

La pirouette d’auteur, rassemblant tout son petit monde dans un seul et même bâtiment – Ici la Résidence Excelsior - est un artifice connu. Néanmoins, la métaphore fonctionne. Tout monde vivant sur un modèle d’entraide, de renforcement des liens, de services donnés, rendus peut fonctionner. Mais tout système humain peut aussi être lourdement fragilisée par l’arrivée d’un seul homme de pouvoir. C’est une réalité quotidienne. L’observation de notre monde prouve qu’il ne s’agit pas la de fiction et, ici, cette triste réalité est bien amenée, exploitée et illustrée par la galerie des personnages mis en place par Jean-Paul Dubois.

Mais tous ces bâtards de l’existence, ces amochés, ces déboussolés, bref, tous ces utopistes ou ces dépassés, l’auteur les habillent d’un manteau de vraisemblance par l’humour décalé des situations qu’il met en scène. Les personnages ainsi caricaturés perdent leurs petites individualités pour accéder au statut d’universel. Fêlés comme beaucoup, ils deviennent, pour une part, chacun de nous et rendent l’ensemble crédible. Même si, Ouf, quand même, nous, on n’est pas aussi déjantés qu’eux. Quoi que…

Devenus tous ces hommes et ces femmes qui n’habitent pas le monde de la même façon mais qui, pourtant, font ce monde et lui donnent ses fondations, ses valeurs et les règles, les modes de vie qui sont nôtres. Et ils nous questionnent. Et nous pouvons remettre le tout en question. Là, en fait, je découvre toute la richesse du livre « La succession » qui, lui aussi, ouvrait la réflexion sur le déterminisme familial à accepter, ou pas !

Le roman sorti lors de cette dernière rentrée littéraire 2019, roman au titre long qui résume si bien le cadre des propos de Jean-Paul Dubois, est, en fait, un roman philosophique. Il touche à l’âme du monde, à ses moteurs, ses énergies, ses choix de navigation et le cap qu’il se donne. Et, comme dans la vraie vie, il appartient au lecteur de se poser la question de ce qui est bon pour le Monde, pour lui et des moyens qu’il peut investir, ou non, dans un changement de société.

Un vrai grand roman qui donne envie de liberté, de droiture, de justice. Une œuvre utile, un bouquin à partager.

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