Une histoire encore trop nécessaire

Avis sur Une histoire populaire de la France

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Copiant l'alter-ego américain, Howard Zinn, Gérard Noiriel tente avec cet ouvrage de faire une histoire de France du point de vue des classes les plus pauvres et les plus démunies.
Je gardais un souvenir fourmillant de l'ouvrage américain qui citait de nombreux cas d'insurrections ou juste de militantisme qu'on ne soupçonne pas outre-Atlantique car elle nous est souvent présentée comme un pays éminement pacifié au niveau de ses luttes sociales.
Voyons à présent ce qu'il en est de cet équivalent tricolore.

Déjà pour tous les tenants du "nos ancêtres les gaulois", gaulois est un nom romain ou le nom du colon si vous préférez.
Ce sera l'impôt qui sera le véritable ciment de la construction tricolore, lequel n'est pas vraiment une problématique nouvelle surtout à l'époque où il fallait payer les soldats, ce sera lui qui va mettre l'ensemble de la population sous une même bannière, autant dire donc que les problèmes fiscaux sont aussi vieux que la nation. Les révoltes paysannes relatifs à ce sujet étaient d'ailleurs courantes du temps de Jeanne d'Arc, moment vers lequel l'auteur démarre son récit. Je renvois à la vidéo de M. Larrère au sujet de Jeanne d'Arc pour comprendre pourquoi droite et gauche (ou plutôt à l'époque, monarchiste et républicain) ont réussi à s'accorder pour en faire une pierre angulaire de notre roman national.
Signalons le cas moins connu d'Etienne Marcel, par exemple qui a dû négocier ferme lors d'Etats Généraux dès la 14ième siècle sur la question fiscale au nom du Tiers Etats.
Pour asseoir leur impérialisme, les différents monarques n'ont eu de cesse d'imposer la population afin de garantir leur visée expansionniste. Le règne de Louis XIV est en l'exemple le plus brillant, la guerre étant à l'époque le premier budget de l'Etat. C'est d'ailleurs pour rendre l'imposition plus efficace qu'une réelle bureaucratie centralisée vit le jour sous le règne du Roi Soleil.
Rappelons naturellement qu'à cette époque, le clergé et la noblesse étaient exempté de taxe.
Si la paysannerie a les honneurs de ce début, l'auteur n'oublie pas les esclaves et rappelle les règles du triste Code Noire, un peu rapidement oublié des annales de l'histoire de France.

La Révolution est également une période au cours de laquelle les enjeux fiscaux seront au premier plan de la législation de la jeune république.
Par la suite, peu à peu, on sent la naissance de l'ouvrier qui remplace peu à peu le paysan, précisons qu'exempt de management au sens moderne du terme, les travailleurs "choisissaient" plus librement leur travail, notamment en fonction de la saison, dans les ateliers de tissage en hiver par exemple, mais au champs lors des récoltes.
Le 19ième siècle au niveau politique marquera le long règne de Louis Philippe lequel se présentait comme ni de droite ni de gauche déjà à l'époque.
intéressant de voir l'apparition de la question sociale au sein des élites au 19 ième siècle avec (comme ajourd'hui cette difficulté à nommer le peuple) alors qu'il existait sous forme de tiers-état juste avant et encore on parle plus des ouvriers à ce moments-là alors qu'il s'agissait plus de paysans avant.
Pour les républicains qui voulaient écraser la monarchie, il était nécessaire de prendre le contrôle de l'éducation qui était sous la coupe de la religion, c'était également l'occasion d'imposer la langue française dans toutes les communes et ainsi d'empêcher les insurrections locales (je pense, mais ce n'est que mon humble opinion, que les idiomes et autres langues locales sont un moyen de rébellion, par conséquent, leur suppression est un enjeu de maintien de l'ordre).
La fin du XIXième siècle voit arriver une première et longue dépression, le chômage fait sa première apparition, comme cette période s'accompagnait de grandes évolutions technologiques, elle a été également l'occasion de grandes concentrations de richesses. Avec les conditions de travail qui se durcissent, les premières grèves font aussi leur apparition.
Enfin, les journaux explosent dans tout le territoire, journaux qui étaient plutôt républicains, le camp monarchiste ayant toujours une réputation de censeur.
Le chapitre sur la colonisation est malheureusement assez léger, mais il est honorable d'enfin avoir plus d'informations sur ce sujet.
La première GM est à peine esquissé, sur les décennies suivantes, c'est surtout la lutte politique entre droite et gauche qui est mise à l'honneur, ce sont donc les ouvriers qui ont la part du lion, les immigrés sont mentionnés, mais les femmes ou la situation dans le colonies manquent d'approfondissement.
Alors que Hitler est au pouvoir, la droite nous laissera un beau "mieux vaut Hitler que le front populaire" et ira jusqu'à mettre le PCF illégal.
Mais durant cette période (comme maintenant), ce sont surtout les immigrés qui vont être brimés, particulièrement les juifs.
L'investissement des indigènes dans le conflit est assez détaillé, même si comme dans l'ensemble de l'ouvrage, c'est surtout l'aspect politique qui se réserve la belle part de la narration, on sent que la décolonisation n'a pas encore fait l'objet de beaucoup de recherches.
La suite et fin est relativement connue : disparition du PC et désagrégation du monde ouvrier au profit d'intérimaire, explosion de la précarité chez les jeunes, disparition des industries au profit du secteur tertiaire...

Plusieurs points sont marquants au final : tout d'abord, la lutte paie, tous les acquis sociaux ont été acquis par la lutte (violente ou militante), il s'agit donc de la perpétuer, ensuite, l'usage des minorités (souvent immigrées) pour détourner l'opinion publique de la lutte n'a rien de nouveau, tomber dans cette intolérance n'a rien amené de bon durant l'histoire. Enfin et l'explosion des inégalités en atteste, la lutte est encore nécessaire.
De ce point de vue, l'ouvrage historique de G Noiriel n'est que trop nécessaire, même si sa lecture ne met peut-être pas assez à l'honneur les classes populaires (les femmes et les colonisés ne sont pas assez traités peut-être par faute de source).

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