De toute la soirée, elle n'avait pas prononcé une seule parole drôle
ou spirituelle. Ce qu'elle possédait, en revanche, apparemment, était
une espèce de désespoir, qui engendrait une forme différente, un genre
alternatif de séduction.



Lors d'une fête hollywoodienne, un scénariste à succès sauve de la noyade une jeune actrice sur le carreau. C'est le début d'une liaison entre lui, qui se croit indifférent aux artifices de "la cité des anges", et elle, qui n'est pas parvenue à s'y faire une place au soleil mais qui est incapable de s'en éloigner. Mais Hollywood, toujours évoqué en filigrane, va très brutalement reprendre ses droits...


Roberto Rossellini, Fred Zinnemann, Fritz Lang, John Huston, Richard Fleischer ou encore George Cukor, quand on lit la liste prestigieuse des noms de réalisateurs avec lesquels le scénariste Alfred Hayes a travaillé on se dit qu'il était un scénariste intéressant et avec du talent. Et on se dit ensuite qu'un bon scénariste peut être aussi un bon écrivain, d'autant plus qu'il connait très bien l'envers du décor. Et c'est le cas. Du moins, c'est ce que je me suis dit à la lecture de ce roman.


Les phrases sont courtes. Le style est direct, précis et tranchant. Ça se lit vite en conséquence. Ce qui ne fait que rendre les descentes aux enfers racontées ici encore plus vertigineuses et choquantes.


Le roman paraît très centré sur les deux protagonistes. On ne connaît pas leurs noms et leurs prénoms, juste elle et lui. Mais du point de vue de l'histoire, on est loin du doux rose bonbon du film de Leo McCarey qui porte ce titre-là en français. On est dans le noir absolu. Pas besoin de noms et de prénoms, de toute façon ce sont juste deux victimes, parmi tant d'autres, destinées à être broyées, d'une manière différente, par l'ogre hollywoodien.


Le roman paraît donc très centré sur les deux protagonistes, mais on sent toujours que Los Angeles est cachée dans l'ombre, à l'affût, prête à bondir sur ses proies.


Le lecteur ressent tout au long de la lecture une sensation de malaise, de sordide, qui atteint son point culminant lors d'un final d'une grande cruauté.


C'est incontestablement une oeuvre puissante, très sombre et horrible.

Plume231
7
Écrit par

Créée

le 29 janv. 2018

Critique lue 162 fois

Plume231

Écrit par

Critique lue 162 fois

13
5

D'autres avis sur Une jolie fille comme ça

Une jolie fille comme ça

Une jolie fille comme ça

7

Theloma

662 critiques

Un joli roman comme ça

On se croirait dans un film noir des années 5O. A commencer par les deux personnages centraux autour desquels se construit l'histoire : un scénariste quinqua noctambule un peu blasé, une blonde...

le 6 févr. 2016

Une jolie fille comme ça

Une jolie fille comme ça

8

avisdupublic_ne

463 critiques

avis - Une fille jolie comme ça

Il aura fallu attendre 57 ans pour voir le roman d'Hayes traduit en Français. Une trop longue attente récompensée par un texte sublime. Le style incisif de l'auteur met à nu les âmes des personnages...

le 30 nov. 2015

Du même critique

Babylon

Babylon

8

Plume231

2385 critiques

Chantons sous la pisse !

L'histoire du septième art est ponctuée de faits étranges, à l'instar de la production de ce film. Comment un studio, des producteurs ont pu se dire qu'aujourd'hui une telle œuvre ambitieuse avait la...

le 18 janv. 2023

Le Comte de Monte-Cristo

Le Comte de Monte-Cristo

3

Plume231

2385 critiques

Le Comte n'est pas bon !

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise adaptation, il y en a des fidèles et d'autres qui s'éloignent plus ou moins du matériau d'origine. Et la qualité d'un film, issu d'une adaptation...

le 1 juil. 2024

Oppenheimer

Oppenheimer

3

Plume231

2385 critiques

Un melon de la taille d'un champignon !

Christopher Nolan est un putain d'excellent technicien (sachant admirablement s'entourer à ce niveau-là !). Il arrive à faire des images à tomber à la renverse, aussi bien par leur réalisme que par...

le 20 juil. 2023