Un recueil pour douter de tout

Avis sur Utopiales 2015

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Quel plaisir que de retrouver une nouvelle anthologie des Utopiales. Cette édition 2015 ayant pour thème la Réalité, on ne pouvait qu'être excité face à ce que les auteurs présents pourraientt se permettre cette année. Déjà des noms qui laissent rêveur, Robert Silverberg, Fabien Clavel, Alain Damasio, etc...
Après une préface de qualité signée Sylvie Lainé et Roland Lehoucq et qui nous fait part des diverses interprétations que nous pouvons faire de la(des) réalité(s), nous pouvons nous lancer dans la première pièce de cette cuvée 2015.

Alain DamasioLes yeux en face des trous : Pas une nouvelle à proprement parler, mais le 1er chapitre du prochain roman (et projet cross-media) de M. Damasio : Fusion. Très respecté pour ses deux précédents romans, Alain Damasio tente de prouver ici, qu'il peut se plier au jeu du thriller d'anticipation. L'idée de son univers et simple : et si l'eau pouvait permettre de partager ses souvenirs. Dans son style inimitable, très visuel et familier, Alain Damasio nous pose les bases d'une histoire prenante et qu'on à hâte de découvrir dans son intégralité. Tout à fait dans le ton du thème de ces Utopiales 2015, on sent que Fusion nous fera nous poser beaucoup de question sur ce que nous appelons nos souvenirs (la réalité telle que l'on s'en souvient). Le chapitre se termine sur un twist qui rend l'attente du roman insupportable.

Aliette de BodardImmersion : Moins "coup de poing" que le Damasio qui la précède, cette nouvelle de Aliette de Bodard nous présente une monde très futuriste où la réalité augmentée fait partie intégrante de la société. Un concept déjà connu, mais que l'auteur va fouiller pour remettre en question d'une très belle manière notre rapport à la réalité. Un parallèle peut être fait entre cette histoire et notre dépendance très 2015 aux smartphones. Ce n'est pas parce que nous sommes physiquement présent quelque part, que nous y sommes réellement. Encore une réussite.

Jérôme NoirezWelcome Home : Premier chef-d’œuvre de cette anthologie, la nouvelle de M. Noirez se présente comme une plongé dans une réalité virtuelle que peut se payer un riche homme d'affaire des plus louche. La nouvelle opère une progression de la légèreté vers la violence, maîtrisée de main de maître par l'auteur. On y questionne la légitimité de nos actes dans un espace de réalité simulée. Si elle est vraiment simulée. Comment le savoir ? Vertigineuse et rock'n roll, Welcome Home est l'une des grandes réussites de cette édition.

Philippe CurvalUn demi bien tiré : Nouvelle étrange et légèrement plus complexe que les autres que cette histoire de Philippe Curval. Un pari entre deux poivrots tourne au drame. Si cette nouvelle à le mérite de se jouer du lecteur autant que de ses personnages, elle n'en demeure pas moins inférieure aux autres histoires de ce recueille. Une relecture pourrait s'avérer nécessaire pour apprécier pleinement la qualité de l’œuvre. La seule nouvelle de cette anthologie à n'avoir pas convaincu.

Joël ChampetierDieu, un, zéro : Rien que le non de cette histoire est une réussite. On y suit les recherches en cybernétique d'un groupe de scientifiques ayant l'interdiction de ce servir d'ordinateurs. La nouvelle nous ait comté du point de vue d'un brillant étudiant fraîchement arrivé dans cet environnement étrange, où des chercheurs farfelues semblent lui cacher la vérité de leurs travaux. Le point fort de cette histoire, c'est de questionner le rapport que la religion entretient avec la recherche scientifique. Il est en effet étrange de voir des chercheurs créer une vie artificielle avec les subventions de l'église. Une montée en tension efficace et une écriture agréable, on passe un très bon moment.

Daryl GrégoryLes aventures de Rocket Boy ne s'arrêtent jamais : Un véritable chef-d’œuvre que cette nouvelle de Daryl Grégory. Une des preuves, si il en fallait, que la littérature de SF permet d'apporter de l'émotion autant que de la réflexion à ses lecteurs. Deux amis d'enfance, fan de science-fiction et de cinéma, s'amusent à faire des films, (les aventures de Rocket Boy), jusqu'à ce qu'un accident funeste ne tue l'un d'entre eux. Des années plus tard, le survivant revient dans sa ville natale pour faire éclater la vérité sur la mort de son ami. Sensible et dramatique, cette nouvelle nous fait découvrir la vérité derrière la fiction. Une manière de rappeler que les amoureux fous de l'imaginaire cherchent avant tout à fuir une réalité qui ne leurs convient pas. Si il ne fallait en garder qu'une ça serait sans doute cette nouvelle.

Jean-Laurent Del SocorroLe vert est éternel : Nouvelle de fantasy dramatique et dont la présence dans cette anthologie est troublante. Cette histoire de M. Del Socorro est un véritable drame magnifique et poignant qui prend place dans la France de la fin du XVIe siècle, légèrement teinté de fantastique. Peut être pas l'une des meilleurs nouvelles de ce recueille, mais indubitablement une réussite.

Charlotte BousquetCoyote Creek : Encore une histoire qui fait mal. Charlotte Bousquet nous compte l'histoire d'une femme ayant des « bugs » altérant sa vision de la réalité. On retourne de plein pied dans la thématique de cette édition 2015 avec une histoire à la beauté émouvante et au final tragique. Très sensible et à fleur de peau, cette nouvelle pourrait bien arracher une larme même au plus fort des lecteurs. Encore une grande réussite pour cette anthologie. Au même niveau que Welcome Home de Jérôme Noirez.

Stéphane PrzybylskyIntelligence extra-terrestre : Il y a chez Stéphane Przybylsky un certain amour des pulps de science-fiction des années 40-50. Ce passionné d'histoire militaire revient, après sa saga Origines, à une histoire d'extra-terrestre dans l'immédiat après guerre 39-45. Il y a un vrai plaisir à lire une telle histoire d'extra-terrestre remise au goût du jours. Un très bon moment de lecture.

Laurent QueyssiPont-des-Sables : Faisant écho à la nouvelle de Daryl Grégory, cette histoire de M. Queyssi, nous compte également le retour d'un homme dans sa ville natale après qu'un événement traumatisant l'en est éloigné. On retrouve ici deux enfants passionnés de science-fiction et d'imaginaire qui vont être séparés à cause de leurs volonté divergente à accepter la réalité. Avec une grande sensibilité, Laurent Queyssi nous compte cette histoire, peut être légèrement moins sombre que celle de Daryl Grégory, et dont la chute fera vibrer la corde sensible des lecteurs. L'autre grand chef-d’œuvre de cette anthologie.

Fabien ClavelVersus : Une nouvelle de science-fiction à la sauce militaire qui s'inscrit à 200% dans la thématique de cette anthologie. Une équipe de soldat est envoyé en mission de routine dans la jungle inhospitalière d'une planète lointaine. Quand notre équipe se fera attaquée par une force inconnue, elle commencera à douter de la réalité des événements. Avec un style très précis, mais fluide, Fabien Clavel nous propose une nouvelle qui, un peu comme celle de Stéphane Przybylsky, revient à une forme de SF plus classique. Un twist que l'on peut voir venir mais qui ne gâche en rien la qualité de ce piège littéraire de haute volée.

Robert SilverbergSmithers et les fantômes du Thar : Le monstre de la SF Robert Silverberg propose ici une nouvelle sur le ton fantastique qui évoque un parfum des aventuriers de l'arche perdue. La maîtrise du maître pour ce qui est de raconter des histoires subtiles n'est plus à prouver. La recherche d'une cité perdue en plein désert indiens du milieu du XIXe siècle aboutie à une découverte qui marquera ceux qui sauront en revenir. Une nouvelle classique mais efficace et qui vaut pour la qualité de sa narration et le parfum d'aventure qu'elle procure.

Mike CareyVisage : On termine cette anthologie de haute volée sur une note polémique qui trouve son écho jusqu'a aujourd'hui. Une histoire d'incompréhension entre deux cultures, toutes deux aveuglées par des principes qui leurs sont propres. Un combat éternel compté de main de maître par l'auteur. C'est sur cette note grave que se ponctue ce recueille de qualité qui prouve que la SF est avant tout, un genre tournée vers le présent.

Conclusion : Un recueille impeccablement maîtrisé de bout en bout. On ne s'éloigne que rarement de la ligne éditoriale de cette année et les pas de côtés sont généralement bienvenue. Pas de défauts majeurs à signaler dans cette édition 2015 qui se parcours avec une joie certaine. La SF dans toute sa splendeur, tantôt divertissante, tantôt incroyablement alerte sur les réalités du monde dans lequel elle évolue. Le rendez-vous est pris pour l'année prochaine.

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